Quels sont les enjeux de la recherche sur les liens entre tabac et cancer ?
Accroître les connaissances sur les liens entre tabac et cancer et aider les fumeurs à se libérer de leur dépendance sont deux objectifs importants de la recherche.
01 septembre 2024 Dernière mise à jour : 11-09-2026
Poursuivre l’étude des liens entre tabac et cancer
Des études épidémiologiques ont déjà permis de mettre en évidence le rôle du tabac dans la survenue de nombreux cancers, et d’autres études sont en cours. Mais les liens entre tabagisme et cancer ne concernent pas que le risque de survenue de la maladie : d’autres études épidémiologiques visent à identifier des liens entre le tabagisme, présent ou passé, des patients atteints de cancers et le pronostic de leur maladie ou leur réponse aux différents traitements antitumoraux disponibles.
Ces travaux permettront d’adapter au mieux la stratégie de prise en charge des patients en fonction de leur histoire avec le tabac.
Des études de toxicologie sont également menées. En précisant les mécanismes par lesquels le tabac exerce ses effets néfastes, elles pourraient conduire à la mise au point de stratégies thérapeutiques ciblées, agissant plus efficacement sur les cancers induits par le tabac.
Mieux comprendre les liens entre tabagisme et facteurs psychosociaux
Des études sont destinées à identifier les déterminants de la consommation de tabac et d’alcool en fonction de facteurs psychologiques et sociaux dans le but d’améliorer les politiques de prévention et d’accompagnement au sevrage (étude DePICT par exemple). D’autres travaux concernent en particulier les personnes atteintes de maladies psychiatriques, comme la schizophrénie, pour mieux comprendre le risque d’entrée dans le tabagisme et celui de l’addiction, y compris chez les jeunes.
Des données scientifiques, y compris en sciences humaines et sociales, et les études environnementales sont essentielles à la sensibilisation et à l’accompagnement des groupes de population dans lesquels le tabagisme régresse peu ou insuffisamment : les femmes et les jeunes.
Aider à vaincre la dépendance
Les chercheurs travaillent aussi au développement de stratégies facilitant le sevrage des fumeurs et à l’évaluation de ces approches. Des études portent sur le dépistage du tabagisme en centre de soins, notamment au moment du diagnostic d’un cancer et sur l’efficacité des mesures proposées par les professionnels de santé pour accompagner le sevrage.
Récemment, une étude a été menée par la communauté de patients pour la recherche (ComPaRe) de l’AP-HP afin d’améliorer l’efficacité des interventions de sevrage tabagique. Près de 800 patients et autant de médecins ont été interrogés pour identifier les marqueurs les plus importants à prendre en compte, afin de personnaliser les interventions de sevrage tabagique. Parmi 36 marqueurs, les médecins estimaient que les trois plus importants à prendre en compte pour personnaliser le sevrage tabagique étaient la motivation des patients, leurs préférences sur la façon de faire et leurs craintes (par exemple, la peur de prendre du poids). Pour les patients, les trois marqueurs les plus impactants étaient la motivation à arrêter de fumer, les habitudes de consommation (à la maison/au travail) et le niveau de dépendance. Ces résultats vont permettre de construire des interventions personnalisées de sevrage tabagique tenant compte à la fois des priorités des patients et de leurs médecins.
Des équipes travaillent aussi sur la prévention de la rechute dans le tabagisme en période post-partum, prévention qui serait un gage de sevrage durable pour un grand nombre de femmes.
Le Haut Conseil pour la santé publique appelle à la mise en œuvre d’études concernant la cigarette électronique pour évaluer, comparativement à un placebo et/ou à des traitements de référence, l’efficacité thérapeutique éventuelle et la tolérance de ces produits dans le sevrage tabagique en population générale et dans différents groupes plus vulnérables (en raison de coaddiction, de comorbidités, de facteurs sociaux…). Ces données doivent être complétées d’études de cohorte de moyen et long termes, afin notamment de mesurer les consommations à long terme (sevrage ou non de la cigarette électronique, reprise ou non d’une consommation tabagique…).
Mieux comprendre les mécanismes d’action de la nicotine
La nicotine n’a pas encore livré tous ses secrets. Les récepteurs biologiques sur lesquels la substance se fixe pour agir ne seraient pas tous identifiés. Des recherches sont donc en cours pour améliorer les connaissances et envisager de nouveaux traitements de la dépendance induite par la molécule, notamment dans des sous-groupes de patients, par exemple atteints de maladies psychiatriques. Par ailleurs, les très nombreux autres composés de la fumée de cigarette sont passés en revue afin d’identifier ceux qui pourraient également jouer un rôle dans la dépendance au tabac et compliquer le sevrage.
Enfin, au niveau génétique, il est possible que chaque individu présente une susceptibilité particulière vis-à-vis de la dépendance ou de la vulnérabilité au tabac. Des études spécifiques sont en cours. Elles pourraient permettre de proposer des stratégies de sevrage plus adaptées et/ou mieux encadrées aux personnes les plus à risque de dépendance.
Références
Ce dossier a bénéficié du concours du Dr Anne Stoebner-Delbarre, présidente du groupe oncoaddiction Unicancer, administratrice de la Société francophone de tabacologie (SFT), responsable de l’unité d’onco-addiction et de l’ELSA au département des soins de support de l’Institut du cancer de Montpellier (ICM).