Comment se protéger dans son travail ?

Tout employeur est soumis à des obligations réglementaires destinées à assurer la sécurité et la protection de la santé des salariés : équipements de protection, normes d’exposition maximale, suivi médical… Au travail, chacun d’entre nous peut être amené à être exposé à des agents cancérogènes. Il est important de savoir les reconnaître et de s’en préserver autant que possible.

01 février 2026 Dernière mise à jour : 05-05-2026

Comment reconnaître les produits chimiques dangereux ?

Le règlement européen CLP définit les modalités d’emballage et d’étiquetage des produits chimiques (substances et mélanges de substances). Identiques dans toute l’Europe, les étiquettes sont constituées d’un pictogramme et d’une phrase explicative sur le risque encouru.

Placé sur l’étiquette d’un produit chimique, ce pictogramme signale une substance ou un mélange CMR, c'est-à-dire pouvant être cancérogène, mutagène (qui induit des mutations dans le matériel génétique des cellules) ou toxique pour la reproduction (qui altère la fertilité et peut être dangereux pour le fœtus pendant la grossesse), allergène, toxique pour certains organes…
Cancérogénicité
Sur un produit cancérogène, le pictogramme peut être accompagné des mentions ci-dessus.

Tous les produits étiquetés font l’objet d’une fiche de données de sécurité. Cette fiche donne notamment des informations utiles sur la prévention en matière de santé et de sécurité, sur les moyens de protection individuelle et les mesures à prendre en cas d’urgence. Cette fiche doit être mise à la disposition des utilisateurs. Il convient toutefois de faire attention : celle-ci peut être incomplète et surtout imprécise en donnant des indications d’ordre trop général.

Attention !

L’absence d’étiquette ou une étiquette apparemment anodine ne signifie pas que le produit n’est pas cancérogène. Il est toujours préférable de se renseigner avant de manipuler un produit. Le produit a pu, par exemple, être transvasé à partir d’un autre récipient. Par ailleurs, les produits acquis avant le 1er juin 2017 (s’il s’agit de mélanges) et avant le 1er décembre 2012 (s’il s’agit de substances) peuvent continuer à être utilisés sans être réétiquetés. Enfin, plus de 30 % des produits chimiques importés dans l’Union Européenne ne sont pas conformes à la règlementation européenne REACH (Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques).

Comment reconnaître les zones exposées aux rayonnements ionisants ?

Les matières et zones exposant à des rayonnements ionisants doivent être signalées par les employeurs.

Rayons

Quelles sont les obligations de l’employeur ?

Aucun travailleur ne devrait subir de problèmes de santé liés à son environnement de travail ou à son activité professionnelle. L’employeur a l’obligation, pour tous substances et procédés cancérogènes identifiés, de prendre des mesures appropriées pour la protection de la santé de ses salariés. Si ces obligations ne sont pas mises en œuvre et que le salarié est atteint d’un cancer reconnu professionnel, il peut être poursuivi pour faute.

À noter que seuls les classements du règlement CLP ont obligation d’être traduit dans le Code de travail : ceux du CIRC n’ont pas de valeur légale.

L’employeur est notamment soumis aux obligations de protection suivantes :

  • évaluer régulièrement les risques d’exposition des travailleurs (nature, source, degré et durée), en tenant compte des conditions réelles de travail et de tous les incidents signalés. Quels que soient la taille de l’entreprise et son secteur d’activité, l’employeur doit établir un document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), mis à la disposition des salariés, des représentants du personnel, de l’inspecteur du travail, du médecin du travail, des agents de prévention de la Caisse régionale d’assurance maladie (CRAM) et des autres régimes de protection sociale ;
  • définir les mesures de prévention à prendre (en premier lieu collectives et en complément, pour chaque salarié) et les consigner dans le DUERP, avec leurs résultats ;
  • substituer les produits chimiques ou procédés nocifs par des produits ou procédés non ou moins dangereux ;
  • si ce n’est pas possible, réduire l’exposition au niveau le plus bas possible en fonction des VLEP : mise en place de postes en vase clos, de système de filtrage, d’aspiration à la source ou encore d’écrans contre les rayonnements. La démarche de diminution doit concerner la source de contamination, la durée d’exposition et le nombre de salariés exposés. L’employeur doit également s’assurer du bon fonctionnement de ces équipements ;
  • fournir aux salariés exposés à un agent cancérogène une information écrite ainsi qu’une formation renforcée portant sur les risques pour la santé, les précautions à prendre, les zones à risque, les procédures à respecter y compris les mesures d’hygiène et d’urgence, le port et l’entretien des équipements de protection individuelle (EPI)… ;
  • mettre à disposition des salariés les EPI requis (selon les cas : vêtements de travail, gants, protection respiratoire tel qu’un masque avec filtre P3…) et veiller à leur bonne utilisation.

L’existence de ces obligations ne doit pas empêcher le salarié d’être vigilant et de se renseigner sur les produits avec lesquels il est en contact, même s’il s’agit de produits apparemment anodins comme des produits ménagers ou des peintures.

Lorsque des mesures de protection sont engagées par l’employeur, il est également crucial que les travailleurs se les approprient, en suivant les consignes données et en portant toujours les équipements fournis.

Qu’en est-il des travailleurs indépendants ?

Les travailleurs indépendants non-salariés (artisans, commerçants, professions libérales…) doivent faire eux-mêmes attention aux cancérogènes auxquels ils pourraient être exposés et s’en protéger. Ils peuvent s’affilier à un service de prévention et de santé au travail interentreprises (SPSTI), qui offre des services en matière de prévention des risques professionnels et de suivi individuel. Depuis le 1er janvier 2018, la protection sociale des travailleurs indépendants est confiée au régime général de la Sécurité sociale. En cas de maladie professionnelle, leurs frais de santé sont pris en charge au même taux de remboursement que les salariés. Pour mieux anticiper une prise en charge renforcée en cas de survenue d’un cancer lié à leur activité professionnelle, les indépendants peuvent souscrire une assurance volontaire qui couvre le risque « accident du travail et maladie professionnelle » (AT/MP). En l’absence de cette protection, les frais de santé seront pris en charge aux taux et conditions habituelles, comme toute prestation maladie.

Concernant les cancers professionnels liés à l’utilisation des pesticides, grâce à la création du « Fonds Pesticides », les exploitants agricoles bénéficient d’une prise en charge et d’une indemnisation pratiquement identique à celle des salariés.

Comment se renseigner sur les risques et la prévention sur son lieu de travail ?

Tout employeur doit informer les salariés sur les risques pour la sécurité et la santé. Les salariés peuvent accéder à des informations utiles sur le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) de l’entreprise, qui répertorie les différents risques auxquels les salariés peuvent être exposés en réalisant ses missions [1].

De plus, pour mieux protéger les travailleurs contre les effets de l’exposition à des agents CMR, les employeurs doivent depuis 2024 établir une liste regroupant les travailleurs exposés ou susceptibles d’être exposés aux substances concernées, la durée d’exposition et le degré d’exposition (si possible). L’employeur doit mettre la liste à la disposition des travailleurs mentionnés et la transmettre aux services de prévention et de santé au travail (SPST, anciennement « médecine du travail »), qui doivent les conserver pour une durée d’au moins 40 ans. Tout travailleur peut accéder aux informations le concernant dans cette liste.

 

Cependant, il est aussi possible de se renseigner auprès d’interlocuteurs dédiés ayant les compétences et attributions prévues pour traiter des questions de santé et de sécurité dans l’entreprise.

[1] Recommandations du code Européen contre le cancer « Cancer-causing factors at work » (facteurs de risques de cancer au travail) https://cancer-code-europe.iarc.who.int/ (en anglais).

À qui s’adresser pour en savoir plus ?

Différents intervenants, au sein ou en dehors de l’entreprise ou de l’administration, peuvent répondre aux questions des salariés, sur les risques pour leur santé sur le lieu de travail et sur la prévention de ces risques. Il ne faut pas hésiter à les consulter.

Les commissions santé sécurité et conditions de travail (CSSCT)

Les CSSCT sont obligatoires dans les entreprises de plus de 300 salariés et dans les entreprises à risques particuliers : installations nucléaires, installations là où des substances sont très dangereuses pour la santé et la sécurité, présence de souterrains ou cavités pour le stockage du gaz, d’hydrocarbures, de produits chimiques… Les CSSCT peuvent lancer des alertes en cas de danger pour la santé des personnes et de danger grave et imminent.

Les représentants du personnel

Depuis 2020, les fonctions de délégué du personnel, dont l’élection était obligatoire dans les entreprises d’au moins 11 salariés, sont exercées par le Comité social et économique (CSE). Ce CSE a progressivement remplacé, dans les entreprises de plus de 11 salariés, les anciennes instances représentatives du personnel. Le CSE comprend les délégués du personnel, le Comité d’entreprise (CE) et le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT).

Les questions de santé et de sécurité au travail qui relevaient autrefois du CHSCT peuvent être, selon l’organisation de l’entreprise, traitées par le CSE, par une commission de ce comité (commission santé sécurité et conditions de travail ou CSSCT) ou les représentants de proximité.

Les représentants du personnel du CSE sont à la disposition des salariés (y compris intérimaires, stagiaires…) pour répondre à toutes les questions générales relatives à l’hygiène, la santé et la sécurité. Ils peuvent faire des enquêtes sur les accidents et maladies professionnelles dans l’entreprise afin de rechercher des causes, en particulier des failles de prévention. Ils écoutent les victimes et remontent auprès de l’employeur les réclamations des salariés. Ils défendent les salariés lors des réunions mensuelles avec l’employeur, les informent par voie d’affichage et les contactent à leur poste de travail pour évaluer concrètement les problèmes éventuels. Ils alertent également l’employeur en cas de danger pour la santé des personnes et de danger grave et imminent, notamment sur signalement des travailleurs.

Les représentants du personnel participent au dialogue social pour améliorer de façon continue les conditions de travail et préserver la santé de chaque employé. Ils sont à même de demander toute mesure de prévention nécessaire. Ils peuvent saisir l’inspection du travail de toutes les plaintes et observations relatives à l’application de la réglementation, concernant notamment les conditions de travail.

Dans le domaine de la santé et de la sécurité, le rôle des représentants du personnel est très important, surtout dans les petites entreprises. Dans les entreprises de plus de 50 salariés, un délégué syndical peut aussi être présent et sollicité. Le représentant du personnel peut aussi représenter une organisation syndicale dans les entreprises de plus petite taille.

À savoir : La législation et les obligations sont identiques quelle que soit la taille de l’entreprise, y compris les Petites et Moyennes Entreprises (PME) et les très petites Entreprises (TPE).

 

Le service de prévention et de santé au travail (SPST)

Le médecin du travail du SPST a pour missions de :

  • s’assurer que les conditions de travail respectent la santé des salariés ;
  • conseiller l’employeur et les salariés, les alerter sur les risques pour la santé et proposer des solutions de prévention et d’amélioration des conditions de travail ;
  • établir la fiche d’entreprise, document qui recense les risques professionnels encourus à chaque poste de travail ;
  • ouvrir et tenir, pour chacun des travailleurs exposés, un Dossier médical en santé au travail (DMST). Celui-ci doit contenir le double de la fiche d’exposition, la date et les résultats des examens complémentaires. Ce dossier doit être conservé 50 ans au moins après la fin de la période d’exposition. Il peut être transmis au salarié sur simple demande de sa part.
Les visites d’information et de prévention (VIP)

Lors de son embauche, un salarié doit bénéficier, dans les deux ou trois mois après la prise de poste (voire avant en cas de travail de nuit ou d’âge inférieur à 18 ans), d’une visite d’information et de prévention (VIP). La VIP est réalisée par un médecin du travail ou un collaborateur qui devra l’informer sur les risques auxquels il peut être exposé à son poste, sur les moyens de prévention à mettre en œuvre et sur les modalités de suivi de sa santé. Il peut bien sûr lui poser toutes les questions nécessaires. Cette visite est normalement renouvelée au maximum tous les cinq ans. Cependant, si le salarié est exposé dans son travail à des risques particuliers pour sa santé comme des cancérogènes (amiante, agents chimiques, rayonnements ionisants…), il bénéficie d’un suivi individuel renforcé qui comprend un examen médical d’aptitude avant sa prise de poste et des visites plus fréquentes.

L’inspecteur du travail

L’inspection du travail vérifie l’application de la réglementation, notamment en matière de santé et de sécurité. L’inspecteur du travail peut être saisi par le CSE ou directement par le salarié. Il a pour mission de :

  • contrôler que le droit du travail est rigoureusement appliqué, spécialement en matière de sécurité ;
  • conseiller et informer les employeurs, les salariés et bien sûr les représentants du personnel sur leurs droits et leurs obligations ;
  • visiter l’entreprise pour enquêter sur le terrain, interroger les salariés, consulter les documents et au besoin faire appel à des organismes agréés pour vérifier l’état des locaux, du matériel et réaliser des prélèvements.

Les constats de l’inspecteur du travail peuvent donner lieu à des observations rappelant les règles en vigueur, à des mises en demeure de se conformer à la réglementation ou à la saisine du juge des référés pour obtenir la suspension d’une activité particulièrement dangereuse (par exemple, arrêts de chantier notamment dans les situations de désamiantage).

 

Les autres interlocuteurs

La Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT) et la Mutualité sociale agricole (MSA) conseillent les entreprises dans le domaine de la prévention, vérifient les installations en matière de sécurité, collectent les cotisations « accidents du travail » et « maladies professionnelles » et appliquent des sanctions financières si les préconisations ne sont pas suivies. Sur le terrain, des contrôleurs interviennent régulièrement et peuvent être sollicités par l’employeur comme par les représentants des salariés.

Pour les entreprises du bâtiment, il existe aussi l’Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP), qui apporte aux entreprises ses compétences techniques en matière de connaissance et de prévention des risques.

Les cancers professionnels sont-ils évitables ?

Les cancers liés à des expositions professionnelles peuvent généralement être évités. Pour cela, les employeurs ont le devoir de mettre en place toutes les mesures de sécurité possibles pour réduire au maximum les risques encourus par leurs salariés, en collaboration avec le médecin de santé au travail et en conformité avec la réglementation en vigueur. Les salariés et les professionnels indépendants (artisans, commerçants, agriculteurs…), qui sont leurs propres employeurs, ont également un rôle important dans la prévention de l’exposition à des facteurs cancérogènes.

Cependant, les cancers professionnels se déclarant souvent tardivement et les connaissances sur les effets nocifs de certains produits nécessitant du recul, tous les risques de l’exposition d’une substance et le cancer ne peuvent pas être identifiés avec la rapidité nécessaire pour mettre en œuvre des recommandations et actions de prévention.

Les évaluations requises pour la mise sur le marché d’un produit industriel ne correspondent pas toujours à la réalité de leurs effets sur la santé, notamment à long terme, à faible dose ou en interaction avec d’autres produits. C’est pourquoi des travaux de recherche se consacrent à mettre en évidence des relations entre cancer et exposition à certaines substances ou conditions de travail.

Références

Ce dossier a été réalisé avec le concours du Dr Béatrice Fervers, cancérologue et coordinatrice de l’Unité Cancer Environnement du centre Léon-Bérard (Lyon) et de la FNATH, Association des accidentés de la vie.