Quels sont les enjeux de la recherche sur le cancer de l'ovaire ?
En explorant les mécanismes biologiques du cancer de l’ovaire, la recherche peut apporter de nouvelles connaissances sur la maladie et permettre d’identifier de nouvelles voies d’action. Elle contribue ainsi au développement d’outils diagnostiques, pronostiques et thérapeutiques plus performants. L’objectif : mieux lutter contre la maladie et ses conséquences sur la qualité de vie des femmes atteintes.
01 mars 2023 Dernière mise à jour : 05-05-2026
Identifier des facteurs de risque
Afin d’améliorer la prévention et la détection du cancer de l’ovaire, les scientifiques cherchent à déterminer des facteurs de risque de la maladie. Une meilleure connaissance des prédispositions familiales permettra de mieux cibler les femmes à haut risque. D’autre part, le risque de cancers épithéliaux à cellules claires, épidermoïdes ou séreux de bas grade est plus élevé chez les femmes ayant une endométriose et les deux pathologies présentent 28 caractéristiques génétiques communes. Un dépistage ciblé de ces cancers de l’ovaire pourrait donc à l’avenir être envisagé chez les femmes atteintes d’endométriose.
Parmi les facteurs de risque de cancer de l’ovaire récemment mis en évidence figure également la sédentarité (plus de 6 heures en position assise par jour en-dehors des heures de travail).
De nouveaux biomarqueurs pour mieux diagnostiquer
Une meilleure compréhension de la biologie des tumeurs de l’ovaire et la découverte de nouveaux biomarqueurs de la maladie permettront d’améliorer le diagnostic, le pronostic, la réponse aux traitements et la qualité de vie des patientes. Cela contribuera également à la mise au point de nouvelles thérapies ciblées plus efficaces, en particulier pour les cancers de l’ovaire au stade avancé où les résistances aux médicaments, les rechutes ou les métastases peuvent compliquer le traitement. Ainsi, 35 nouveaux biomarqueurs de la maladie récemment identifiés pourraient complémenter le CA-125 pour optimiser la détection de ces cancers.
Une connaissance plus fine de l’origine cellulaire des tumeurs
On sait aujourd’hui que le cancer épithélial séreux de haut grade de l’ovaire peut se développer à la fois à partir de cellules de l’ovaire et des trompes de Fallope. Cette « hétérogénéité tumorale » pourrait expliquer des différences de sensibilité aux traitements entre les patientes. Elle pourrait désormais être prise en compte pour le développement de stratégies thérapeutiques plus précises. Cela pourrait également permettre d’envisager dans certains cas la seule ablation des trompes pour la chirurgie préventive des femmes à risque.
Les nouvelles voies des thérapies ciblées
Des thérapies ciblées sont déjà utilisées dans le cancer de l’ovaire, mais de nouvelles options doivent permettre d’augmenter l’efficacité des traitements. Plusieurs molécules agissant sur des protéines ou voies de signalisation impliquées dans la croissance tumorale ou la migration cellulaire font aujourd’hui l’objet d’essais cliniques. Un inhibiteur de protéine kinase ciblant une voie appelée MEK semble par exemple donner de bons résultats sur les carcinomes séreux de bas grade. De même, une molécule qui inhibe une protéine impliquée dans la réplication cellulaire et la réparation de l’ADN tumoral, semble prometteuse en association avec une chimiothérapie en cas de cancer de l’ovaire avancé.
Des enjeux de qualité de vie pour les inhibiteurs de PARP
Dans le traitement des cancers avancés de l’ovaire, les inhibiteurs de PARP ont représenté une avancée majeure. Une étude a montré que l’association de deux d’entre eux chez des patientes HRD pouvaient diminuer jusqu’à 85 % le risque de progression de la maladie et de décès. En 2022, de nouvelles données indiquent que ces traitements réduiraient le risque de décès de 38 %. Pris actuellement sur 15 mois ou deux ans, ces médicaments doivent désormais faire l’objet de recherches pour améliorer la qualité de vie des femmes sous traitement afin qu’elles puissent en bénéficier plus longtemps.
La piste des immunothérapies
Jusqu’à présent, l’immunothérapie avait donné des résultats décevants dans les cancers de l’ovaire. Mais lorsque les anticorps monoclonaux se combinent avec d’autres molécules (on parle d’anticorps conjugués), elle devient plus efficace. Par exemple, des femmes avec un cancer de l’ovaire résistant à la chimiothérapie reçoivent actuellement des anticorps conjugués à la chimiothérapie : l’anticorps s’attache à une protéine surexprimée dans 25 % des tumeurs de l’ovaire et délivre la chimiothérapie de façon ciblée aux cellules cancéreuses.
Plusieurs études et essais cliniques en cours concernent les tumeurs rares de l’ovaire, carcinome à cellules claires, carcinome séromucineux, carcinome à petites cellules… Certains ont pour objectif de mieux comprendre les spécificités de ces tumeurs pour mieux les prendre en charge, d’autres évaluent l’efficacité de traitements par immunothérapie, thérapies ciblées et/ou chimiothérapie. Ainsi, une étude évalue actuellement l’efficacité et la tolérance de traitements ciblés en fonction de biomarqueurs d’anomalies génétiques chez des femmes atteintes de tumeurs ovariennes épithéliales rares et persistantes ou en rechute. Une autre, en cours de recrutement, a pour but d’évaluer la combinaison d’une immunothérapie avec une chimiothérapie à base d’étopiside et de cisplatine chez des femmes atteintes d’un carcinome ovarien à petites cellules avancé.
Références
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Professeur Isabelle Ray-Coquard, oncologue médicale au Centre Léon Bérard (Lyon) et du Docteur Christine Rousset-Jablonski, gynécologue médicale, Centre Léon Bérard (Lyon) et Centre Hospitalier Lyon Sud.