Quels sont les enjeux de la recherche sur les néphroblastomes ?

Plusieurs pistes de recherche laissent entrevoir de nouvelles modalités de prise en charge, la découverte de biomarqueurs pour un diagnostic plus facile et un meilleur suivi à long terme, ou encore la diminution de la toxicité des traitements.

Le taux de guérison du néphroblastome est de 93 %, parfois grâce à une seconde ligne de traitement après une rechute ou une résistance aux traitements (10 % à 25 % des cas en fonction du stade de la maladie initiale). Les scientifiques recherchent des biomarqueurs associés au mauvais pronostic afin de renforcer d’emblée le traitement mais aussi pour découvrir de nouvelles solutions thérapeutiques.

Vers de nouvelles stratégies thérapeutiques

Le séquençage génétique et l’analyse moléculaire des cellules tumorales permet de progresser dans ce sens. Les travaux récents ont montré que la quantité de bras de chromosome 1q dans les cellules tumorales était un marqueur prédictif de sévérité. Habituellement, toutes les cellules saines possèdent 2 exemplaires de chaque chromosome mais dans les cellules cancéreuses, l’amplification du nombre de certains chromosomes ou de certains morceaux de chromosomes sont des anomalies génétiques fréquemment retrouvées. D’autres travaux ont montré qu’un volume important de cellules de type blastème retrouvé dans la tumeur après la chimiothérapie pré-opératoire était associé à un plus mauvais pronostic. Une étude est en cours pour confirmer ces données et aller plus loin. Une autre étude prévoit des prélèvements biologiques (tumeur, sang et ADN du sang) systématiques chez les patients afin de découvrir de nouveaux biomarqueurs pouvant être corrélés à un moins bon pronostic. Elle prévoit également de confirmer prospectivement l’influence de l’amplification du bras de chromosome 1q et des cellules blastémateuses dans les tumeurs sur le pronostic du cancer.

À terme, les résultats pourraient modifier les protocoles de prise en charge et la découverte de nouvelles anomalies génétiques conduire à de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Vers un diagnostic et un suivi simplifiés

Des équipes travaillent par ailleurs sur l’ADN circulant. Cela consiste à rechercher dans le sang, la présence de fragments d’ADN provenant des cellules cancéreuses. Des travaux ont montré que des altérations du gène p53 retrouvées dans cet ADN circulant provenant des cellules cancéreuses sont, par exemple, associées à la présence d’une tumeur agressive. En effectuant une prise de sang (biopsie liquide) pour rechercher des altérations du gène p53, il pourrait bientôt être possible d’obtenir une confirmation du diagnostic et de préciser le pronostic. Il pourrait également s’agir d’un outil de suivi pour surveiller la disparition des cellules cancéreuses pendant le traitement ou la réapparition de celles-ci après une rémission.

Vers des traitements moins toxiques

Les chercheurs travaillent aussi à réduire la toxicité (effets indésirables) des traitements. Actuellement, les patients présentant des métastases sont d’emblée traités (chimiothérapie pré-opératoire) par la doxorubicine qui peut induire des séquelles cardiaques et l’actinomycine-D qui a une toxicité hépatique potentielle. Une étude imminente consiste à remplacer ces 2 molécules par du carboplatine et de l’étoposide dont les effets indésirables possibles semblent moins fréquents et moins graves. Utilisées en traitement de 2e ligne ou pour les néphroblastomes de risque élevé, en association avec la vincristine, ces traitements visent à réduire le risque de séquelles à long terme tout en conservant l’efficacité du traitement avec si possible la disparition totale des métastases après 6 semaines de traitement.

Un autre projet porte sur les patients en rechute après 2 lignes de traitements. Une étude prévue en partenariat entre l’Hôpital d’enfants de la Timone et le CHRU de Lille est destinée à tester une chimiothérapie métronomique, c’est-à-dire plusieurs molécules administrées à tour de rôle sans pause, et ciblant les cellules cancéreuses mais aussi le microenvironnement tumoral et en particulier l’angiogenèse, c’est-à-dire la formation de nouveaux vaisseaux sanguins favorisant la croissance tumorale et la dissémination métastatique. Cette stratégie s’est révélée bénéfique dans différents cancers (sein, ovaire, prostate, cancer pulmonaire non à petites cellules) même dans des formes métastatiques. Dans une première étude concernant principalement des enfants présentant des néphroblastomes et des rétinoblastomes en première rechute, un schéma métronomique associant vincristine, cyclophosphamide et methotrexate, a permis une stabilisation prolongée. Dans cette nouvelle étude, les chercheurs étudieront une combinaison de 5 agents de chimiothérapie administrée de façon métronomique.

Ce dossier a été réalisé grâce au concours du Dr Arnauld Verschuur, pédiatre-oncologue, Service d’Hématologie- Oncologie Pédiatrique à l’Hôpital d’Enfants de la Timone à Marseille et du Dr Claudia Pasqualini, pédiatreoncologue à l’Institut Gustave Roussy à Villejuif.