Quels sont les enjeux de la recherche sur le myélome multiple ?

Depuis plus de dix ans, d’importants progrès ont permis de mieux comprendre la maladie, d’améliorer les traitements et la survie des patients atteints de myélomes. Toutefois, environ 10 à 15 % des patients, dits à « haut risque », n’ont pas encore tiré bénéfice de ces avancées. Les efforts et espoirs de la recherche portent tout particulièrement sur le développement de nouvelles stratégies de traitement pour ces patients.

01 octobre 2023 Dernière mise à jour : 05-05-2026

Mieux comprendre l’évolution des myélomes indolents

L’IMWG propose des critères précis permettant de classifier des myélomes comme indolents. Toutefois, l’histoire naturelle et le risque de progression de ces myélomes sont mal connus et doivent être évalués pour optimiser la prise en charge des patients.

C’est le but de l’étude CARRISMM promue par l’Intergroupe francophone du myélome. Ce projet a pour but de décrire plus précisément le paysage des myélomes indolents en étudiant l’impact pronostique de certains facteurs biologiques et radiologiques (taux d’immunoglobulines, de cellules anormales dans la moelle osseuse, anomalies IRM…) et en recherchant de nouveaux facteurs prédictifs de la progression de ces myélomes indolents (anomalies génétiques et immunitaires notamment). Les résultats devraient aider à évaluer le risque de progression à cinq ans et à établir de nouvelles recommandations de prise en charge.

Optimiser les traitements

La recherche de nouvelles thérapies ciblées plus efficaces et mieux tolérées se poursuit. En parallèle, un grand nombre d’essais cliniques est en cours pour tester des médicaments aux différents stades de la maladie. Ils incluent des médicaments de différentes classes thérapeutiques notamment le pomalidomide, lenalidomide, daratumumab ou encore benlatamab. Par ailleurs des chercheurs tentent de prédire la réponse aux traitements afin de réduire leur toxicité et d’éviter des traitements inutiles.
Face à la diversité de plus en plus importante de traitements innovants, la question pour les médecins est et sera de savoir quel choix faire en priorité. Au centre de cancérologie de Toulouse, un programme consiste à identifier les anomalies moléculaires des cellules de myélomes, depuis le diagnostic et pendant toute l’évolution de la maladie, et à les mettre en lien avec la situation clinique des patients. En utilisant différentes techniques d’analyse des caractéristiques des cellules de myélomes (puces à ADN, séquençage à haut débit), l’équipe espère identifier de nouvelles anomalies prédictives de l’effet des différents traitements.

L’espoir des cellules CAR-T

Les chercheurs ont mis au point une technique qui consiste à injecter au patient ses propres cellules immunitaires (des lymphocytes T) après qu’elles ont été modifiées génétiquement pour reconnaître la tumeur. Chez certains patients atteints de cancers du sang avancés, l’injection de ces cellules appelées « CAR-T » (pour Chimeric Antigen Receptor – T cells) a permis de faire disparaître des cellules cancéreuses jusqu’alors résistantes à tous les traitements classiques. Il y a bon espoir que ces cellules puissent un jour être utilisées pour les patients atteints de myélome multiple pour lesquels les traitements actuels ne sont pas efficaces. Aujourd’hui, les chercheurs travaillent à identifier les meilleures cibles situées sur la membrane des cellules cancéreuses, par exemple la protéine BCMA, et tentent d’évaluer la faisabilité de cette thérapie. Des essais cliniques ont lieu à l’étranger. En France, l’accès aux cellules CAR-T se déploie progressivement avec une quarantaine de centres accrédités pour l’utilisation de ces traitements.

D’autres traitements d’immunothérapie

Un important travail de caractérisation des cellules immunitaires localisées à proximité de la tumeur, dans son « micro-environnement », au sein de la moelle osseuse. À partir des résultats de ces analyses, de nouvelles approches visant à moduler l’action du système immunitaire seront proposées et testées sur des modèles expérimentaux.

Mieux prendre en charge les atteintes rénales

Les atteintes rénales du myélome sont nombreuses et peuvent contraindre certains patients à être dépendants d’une dialyse dont l’impact sur la qualité de vie et la survie est majeur. Dans le cas spécifique d’une néphropathie à cylindres myélomateux, des protéines produites par le myélome se déposent dans les tubules du rein et les détruisent de manière irréversible. L’enjeu est donc d’intervenir le plus précocement possible pour éliminer ces protéines. Un nouvel appareillage de dialyse composé de membranes de très haute perméabilité a été développé dans cet objectif et a été testé dans le cadre d’une étude française6 : 60 % des patients qui ont bénéficié de cette technique ont pu arrêter la dialyse, contre 37,5 % pour des membranes de dialyse classique.

Références

Ce dossier a été réalisé grâce au concours du Professeur Hervé Avet-Loiseau, médecin à l’Institut universitaire du cancer de Toulouse.