Quels sont les cancers qui touchent les AJA ?

Les cancers de l’adolescent et du jeune adulte sont des maladies rares. Ils peuvent toucher un grand nombre de tissus et organes avec des pronostics variables.

22 juillet 2024 Dernière mise à jour : 09-09-2025

Le cancer chez l’adolescent et le jeune adulte : un enjeu de santé majeur

Une définition qui varie selon les pays

En France, on parle d’adolescents et de jeunes adultes (AJA) pour désigner des individus âgés de 15 à 24 ans révolus. Cette définition n’est pas homogène en Europe : sont considérés comme AJA des individus âgés jusqu’à 30 ans en Espagne, 35 ans en Belgique et Pays-Bas et même 40 ans aux États-Unis.

Une période de transition marquée par de profondes transformations

Les adolescents et les jeunes adultes sont dans une phase de transition entre l’enfance et l’âge adulte qui comprend plusieurs étapes associant transformations corporelles, psychiques et prise progressive d’indépendance affective, sociale et financière. La maladie et les traitements entrainent une modification de l’image corporelle, une rupture dans les projets personnels, scolaires, professionnels.

Lorsqu’un cancer survient, il bouleverse les repères en fragilisant l’image corporelle, en interrompant les études ou le début de carrière, et en modifiant profondément les relations sociales et familiales.

Parmi les facteurs de risque identifiés, certains sont d’origine génétique, tandis que d’autres pourraient être liés à des expositions environnementales.

Un dépistage tardif qui complique la prise en charge

Hélas, le dépistage du cancer chez les jeunes reste complexe. En effet, il est souvent diagnostiqué à un stade avancé, ce qui retarde l’intervention thérapeutique.

En France, sur 7,7 millions d’AJA en population générale, environ 1 700 nouveaux cas de cancers sont diagnostiqués chaque année. Il s’agit de la 3e cause de décès dans cette tranche d’âge, après les accidents de la voie publique et les suicides, et la 1re cause de décès par maladie.

Dans la majorité des cas, il n’y a pas de cause retrouvée au développement d’un cancer chez l’AJA. Dans une minorité de situations où l’on identifie plusieurs antécédents de cancers dans les apparentés, une cause génétique peut être recherchée.

Quels cancers touchent les adolescents et les jeunes adultes ?

Les cancers de l’adolescent et du jeune adulte couvrent une large diversité de pathologies, avec plus d’une centaine de types de tumeurs identifiées.

Certaines, comme les leucémies ou les tumeurs cérébrales, sont fréquentes chez l’enfant, tandis que d’autres, comme les carcinomes ou les cancers du côlon, sont plus caractéristiques des adultes. Environ 30 % des tumeurs diagnostiquées chez les jeunes correspondent ainsi à des formes habituellement retrouvées à un âge plus avancé.

 

Type de cancer Description du cancer % des diagnostics entre 2000 et 2016, rapporté à l’ensemble des cancers diagnostiqués chez les AJA
Carcinome épithélial Cancer prenant naissance au sein des cellules épithéliales qui recouvrent certains tissus ou glandes (ovaire, thyroïde et peau (mélanome)) 28,8 %
Lymphome Cancer du système lymphatique provoquant des tumeurs au niveau des organes lymphatiques (ganglions, rate, thymus, amygdales…). Chez l’AJA le plus fréquent est le lymphome de Hodgkin. 24,7 %
Tumeur germinale Cancer touchant les cellules qui donnent les ovocytes chez la femme et les spermatozoïdes chez l’homme. 14,6 %
Tumeur du système nerveux central Cancer se développant au niveau du cerveau ou de la moelle épinière. Chez l’AJA le plus fréquent est le médulloblastome qui se développe au niveau d’une structure cérébrale appelée cervelet. 10,7 %
Leucémie Cancer du sang dû à une prolifération anormale de cellules au niveau de la moelle osseuse. On distingue les leucémies lymphoblastiques et les leucémies myéloblastiques selon le type de cellules atteintes. 10 %
Tumeur osseuse Cancer de l’os :  l’ostéosarcome touche des os longs et le sarcome d’Ewing des os plats, en particulier le bassin et les côtes. 4,9 %
Sarcome Cancers se développant à partir des tissus de soutien ou tissus mous (muscles, tissu adipeux, cartilage, vaisseaux sanguins ou lymphatiques, nerfs ou os. 4,3 %

Si la majorité des cas surviennent sans cause clairement identifiée, une prédisposition génétique peut être suspectée en présence d’antécédents familiaux. L’augmentation des connaissances en biologie tumorale permet d’identifier des caractéristiques moléculaires spécifiques à ces cancers, ouvrant la voie à des traitements mieux ciblés.

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Quel pronostic pour ces cancers chez les AJA ?

Pour les cancers des AJA, le taux de survie à 5 ans se situe aux alentours de 88 % avec des disparités importantes selon l’âge, le type de tumeur et le stade d’évolution au moment du diagnostic. Il est par exemple d’environ 90 % pour les lymphomes, contre moins de 70 % pour les sarcomes des tissus mous. Le taux de survie des AJA atteints d’un cancer tend à s’améliorer au fil des ans (il était de 70 % dans les années quatre-vingt-dix), mais de façon moins importante que dans les autres tranches d’âge. Ainsi, à pathologie égale, les résultats observés dans la population des adolescents sont souvent inférieurs à ceux des enfants. C’est notamment le cas pour les leucémies aiguës, les tumeurs osseuses et les lymphomes non hodgkiniens.

Plusieurs raisons sont avancées pour tenter d’expliquer ce différentiel en défaveur des AJA :

  • un diagnostic souvent tardif ;
  • une inadéquation des recommandations de soins élaborées pour des populations d’âge différent ;
  • les inclusions moindres dans les essais cliniques ne leur permettant pas de bénéficier des dernières innovations thérapeutiques ;
  • les spécificités biologiques des tumeurs « AJA » : elles peuvent présenter des caractéristiques moléculaires spécifiques et des réponses aux traitements différentes par rapport aux adultes et aux enfants ;
  • les particularités psychosociales de cette population entraînant, par exemple, un risque de mauvaise adhésion aux traitements.

Face à ces constats, les efforts de recherche se concentrent sur le développement de stratégies thérapeutiques mieux adaptées aux adolescents et jeunes adultes. L’objectif est d’améliorer le dépistage précoce, d’optimiser les parcours de soins et d’offrir à ces patients de nouvelles perspectives, avec des traitements toujours plus ciblés et moins invasifs.

Ce dossier a été réalisé en collaboration avec le Dr Marilyne Poirée, oncologue pédiatre dans le service d’hémato-oncologie pédiatrique du CHU de Nice – Hôpital l’Archet et le Dr Pierre Kubicek, oncologue médical à l’Institut de Cancérologie de l’Ouest à Angers. La brochure a également bénéficié de l’expertise de l’association GO-AJA.