Les soins de support : les pratiques non conventionnelles

Dans le cadre des soins de support mis en place par l’établissement prenant en charge des patients atteints de cancer, des pratiques non conventionnelles sont assez souvent proposées aux patients. Par exemple, l’acupuncture et l’hypnose médicale ont des effets reconnus sur certains symptômes. De même, d’autres approches « douces » peuvent améliorer le bien-être du patient.

14 octobre 2024 Dernière mise à jour : 15-07-2025

Les pratiques non conventionnelles : de quoi parle-t-on ?

Les termes « thérapies complémentaires », « médecines douces  », «  médecines parallèles » ou encore «  alternatives » sont souvent utilisés indistinctement, mais il y a consensus pour parler de pratiques non conventionnelles. Certaines d’entre elles peuvent compléter les soins de support conventionnels. Elles visent à contribuer au bien-être des patients en agissant notamment sur certaines douleurs, sur les nausées liées à la chimiothérapie ou sur l’anxiété. Les pratiques et soins alternatifs pour traiter le cancer lui-même, qui se substitueraient aux traitements classiques mis en place par les professionnels de santé, sont totalement contre-indiqués et doivent être condamnés, car ils entraînent toujours une perte de chance de guérison, souvent dramatique.

Les pratiques non conventionnelles sont populaires  : 30 à 60  % des patients atteints de cancer y feraient appel, principalement pour atténuer les effets secondaires des traitements spécifiques. Il est crucial de toujours informer son équipe médicale du recours à ces pratiques non conventionnelles, pour éviter toute interférence avec le traitement médical mis en place dans le centre de soins.

Est-ce que ça marche ?

Certaines pratiques non conventionnelles ont fait la preuve de leur efficacité par des études sur l’homme. Mais contrairement aux thérapies classiques de la médecine, beaucoup de pratiques non conventionnelles n’ont pas fait l’objet d’études scientifiques démontrant leur efficacité. Cela ne signifie pas pour autant qu’elles n’apportent pas un soutien et une amélioration du bien-être à certains patients. L’absence de preuve ne signifie pas «  absence d’effet  » positif. Les pratiques non conventionnelles proposées par l’établissement de santé qui prend en charge le patient atteint de cancer sont sûres. En revanche, même apparemment «  naturelles  », les pratiques non conventionnelles ne sont pas toutes sans risque d’interaction avec les traitements anticancéreux ou sans contre-indication : un avis médical avant le recours à des pratiques non conventionnelles en dehors du cadre hospitalier est donc fortement recommandé.

Exemples de pratiques non conventionnelles

Les pratiques non conventionnelles proposées par l’établissement de santé sont habituellement indiquées dans le livret d’accueil. Elles sont prodiguées par différents praticiens (médecin, infirmier, kinésithérapeute, psychologue, professionnels non médicaux) formés. Elles peuvent être proposées au sein de l’établissement, mais aussi en consultation externe ou dans un cadre associatif : dans ces derniers cas, l’établissement de santé oriente le patient vers les structures et professionnels avec qui il travaille.

L’hypnose médicale peut être utilisée en cancérologie pour soulager les douleurs, indication pour laquelle son efficacité est prouvée. En dehors de l’hypnoanalgésie (voir page 23), l’hypnose peut aussi aider le patient dans le cadre d’un soutien psychologique. Elle peut réduire le stress, soulager les nausées associées à la chimiothérapie ou aider à l’arrêt du tabac. L’hypnopraticien doit être formé et diplômé.

L’acupuncture est une pratique de la médecine chinoise traditionnelle qui consiste à stimuler des points précis du corps, avec des aiguilles ou un autre moyen de pression, afin d’améliorer la circulation des «  énergies  » dans le corps. Elle peut aider à mieux supporter les nausées liées à la chimiothérapie et les bouffées de chaleur associées à l’hormonothérapie, mais aussi à réduire l’anxiété et certaines douleurs. 15 à 20 % des patients atteints de cancer et traités par chimiothérapie utiliseraient l’acupuncture en France.

L’ostéopathie soulage certaines douleurs mécaniques dues à des déséquilibres et des «  blocages  » que peuvent entraîner le cancer et ses traitements. Pratiquée par des professionnels formés, les ostéopathes, et sous avis médical, cette approche manuelle vise à rétablir l’équilibre et la mobilité du corps.

La méditation pleine conscience est un «  état de conscience qui résulte du fait de porter son attention, intentionnellement, au moment présent, sans jugement, sur l’expérience qui se déploie instant après instant  ». Cette pratique est généralement proposée en groupe. En cas de cancer, elle pourrait diminuer la fatigue, l’anxiété, les troubles du sommeil… Elle peut être contre-indiquée en cas de douleurs musculosquelettiques, de problèmes d’équilibre ou de troubles psychiques aigus  : un avis médical (et/ou celui d’un psychologue) préalable est nécessaire.

Les méthodes de relaxation peuvent aider à mieux gérer certaines douleurs, le stress et autres émotions négatives (comme l’anxiété) associés au cancer et à ses traitements. Parmi elles, la sophrologie se base sur la respiration, la détente musculaire et la visualisation positive. D’autres pratiques comme le tai-chi permettent également de se relaxer en renforçant l’équilibre entre les émotions, les pensées et les comportements pour mieux surmonter la maladie.

Parmi les autres pratiques non conventionnelles, on compte également l’auriculothérapie, une acupuncture appliquée à la zone de l’oreille sur des points qui permettraient de stimuler des organes à distance. La réflexologie plantaire est quant à elle une approche par le toucher  : le massage de la voûte plantaire sur des zones «  réflexes  » du pied pourrait apporter un sentiment de relaxation chez le patient.

Art-thérapie et musicothérapie

L’art-thérapie utilise les outils de l’art pour permettre au patient de s’évader, de s’exprimer et de s’apaiser. Elle peut faire appel à différentes techniques comme la peinture, l’aquarelle, le dessin, les collages, la calligraphie, etc. Elle est dispensée par un art-thérapeute qui peut exercer, au sein de l’établissement de soins ou d’associations partenaires, auprès de patients seuls ou en groupe. Il n’est pas nécessaire d’avoir préalablement des aptitudes artistiques. Dans l’art-thérapie sont également inclus d’autres moyens d’expression comme l’écriture ou le chant. La musicothérapie est une facette dédiée à la musique de l’art-thérapie. Les séances sont dispensées par un professionnel formé, un musicothérapeute, et peuvent comporter du jeu d’instrument, de l’improvisation ou de l’écoute de musique.

Attention aux dérives !

La notion de «  médecine alternative  » fait souvent référence à des pratiques visant à se substituer au traitement classique, ce qui est totalement déconseillé en particulier dans le cas du cancer. Les promoteurs de pratiques se vantant de pouvoir remplacer les traitements conventionnels et incitant le patient à les abandonner mettent ce dernier face à des risques de retard de prise en charge, de toxicités et de diminution de la survie. La plus grande prudence est donc conseillée face à ce type de pratiques. L’équipe médicale peut aider à s’y retrouver et à réagir.

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) informe le public sur les risques et dangers des dérives sectaires et aide ses victimes. Si vous êtes confronté à une situation qui vous fait penser à une dérive sectaire, contactez la Miviludes. Pour en savoir plus  : www.miviludes.interieur.gouv.fr

Conseils

  • Si vous souhaitez avoir recours à une pratique non conventionnelle en dehors du cadre hospitalier, assurez-vous auprès de votre oncologue qu’elle est sans danger pour votre santé et n’altère pas l’efficacité de vos traitements.
  • Attention aux compléments à base de plantes, de vitamines ou minéraux disponibles sans ordonnance  : n’en prenez pas sans avis médical.
  • Même si les pratiques non conventionnelles peuvent soulager certains inconforts, elles ne peuvent en aucun cas remplacer le traitement médical de votre cancer. Refusez toute proposition de la part d’une personne ou organisation proposant des méthodes alternatives plus efficaces que le traitement médical contre le cancer. Certaines pratiques peuvent être inefficaces, voire dangereuses, et s’avérer coûteuses. Au moindre doute, demandez l’avis de votre équipe soignante spécialisée ou de votre médecin traitant.

Ce dossier a été réalisé avec le concours du Professeur Ivan Krakowski, oncologue médical, médecin de la douleur, ancien président de l’Association francophone des soins oncologiques de support (AFSOS).