Quels soins palliatifs peuvent être proposés face au cancer ?

L’objectif des équipes spécialisées dans la prise en charge palliative est d’apporter les soins et l’accompagnement nécessaires pour que le patient et son entourage puissent être soulagés dans leurs souffrances physiques et psychiques, aidés lors de difficultés sociales et administratives, soutenus et entendus dans leur démarche spirituelle...

15 février 2021 Dernière mise à jour : 16-07-2025

Lorsqu’une prise en charge palliative est initiée auprès d’un patient, celui-ci bénéficie en premier lieu d’une évaluation globale et pluridisciplinaire de ses besoins, qu’ils soient médicaux, psychologiques, sociaux… Les besoins psycho-sociaux des proches sont également évalués. Ce premier bilan permet d’élaborer un projet de prise en charge personnalisé dans lequel sont détaillés les soins et l’accompagnement nécessaires pour assurer au patient et à ses proches la meilleure qualité de vie possible. L’équipe organise régulièrement des réunions de concertation pluridisciplinaires pour évaluer l’apport de ce projet et les éventuels ajustements à adopter en fonction de l’évolution de l’état de santé du patient.

Soulager les symptômes physiques

Douleurs

Soulager la douleur est un objectif majeur de la démarche palliative : la douleur provoque une souffrance physique et peut également entraîner ou aggraver d’autres symptômes (anxiété, troubles du sommeil…). Pour y parvenir, le médecin évalue dans un premier temps la nature de la douleur, sa localisation, son intensité et son retentissement sur la vie quotidienne et l’état psychologique du patient et de son entourage. Le traitement antalgique, adapté à l’intensité des symptômes, peut être associé à un traitement spécifiquement dédié aux souffrances émotionnelles – qu’il soit médicamenteux ou non (relaxation, sophrologie, musicothérapie…). L’évolution des symptômes douloureux est régulièrement évaluée, afin d’adapter si nécessaire la prise en charge.

Face à des souffrances réfractaires, résistantes aux thérapeutiques usuelles, une sédation palliative symptomatique proportionnée1 peut être proposée, le plus souvent transitoire. Depuis 2016, une sédation profonde et continue jusqu’au décès peut être demandée par le patient ou proposée par le médecin sous certaines conditions afin de soulager une personne malade qui présente une situation de souffrance physique ou psychique vécue comme insupportable, alors que le décès est imminent et inévitable.

Fatigue

La fatigue liée à la maladie est souvent doublée de celle liée à la diminution de la mobilité du malade. Ainsi, tout en rééquilibrant l’alternance des temps d’activité et de repos, un accompagnement à la mobilité peut parfois être envisagé lorsque l’état général du patient le permet. Dans ce cas, des professionnels dédiés (kinésithérapeute, ergothérapeute, psychomotricien·ne…) peuvent intervenir. Combinée à un traitement antalgique, l’intervention de ces praticiens peut faciliter la remise en mouvement de patients craignant, en raison de douleurs, de réaliser des mouvements.

Escarres et œdèmes

L’immobilité prolongée favorise l’apparition d’escarres (plaies cutanées au niveau des points d’appui, consécutives à un alitement prolongé). Aujourd’hui, des protocoles anti-escarres sont suivis dans les établissements, au domicile et dans les institutions : ils prévoient notamment des changements de position et des massages réguliers réalisés par les soignants. Parallèlement, la compression vasculaire lors de l’alitement se traduit souvent par la formation d’œdèmes, notamment au niveau des membres inférieurs. La mauvaise circulation sanguine locale peut favoriser une infection cutanée. Pour éviter ces complications, une prise en charge préventive est proposée en surélevant les jambes, en prodiguant des massages et en utilisant des bandes compressives ou des bas de contention.

Difficultés respiratoires

Outre leurs conséquences sur la santé, les difficultés respiratoires peuvent engendrer une angoisse chez le patient ou parmi son entourage. Afin de mettre en oeuvre un traitement adapté, l’équipe soignante évalue la nature et l’intensité de cette gêne (compression, sécrétions…). Elle peut favoriser, lorsque c’est possible, une position mi-assise. La relaxation, ainsi que des séances de kinésithérapie ou d’ostéopathie, peuvent aussi soulager les patients. Enfin, si cela paraît nécessaire, une oxygénothérapie complémentaire est mise en place de façon ponctuelle dans la journée ou durant la nuit. Tous ces traitements sont régulièrement réévalués afin d’en adapter la posologie ou d’en modifier la nature si besoin.

Nausées et vomissements

De nombreux facteurs peuvent favoriser les nausées et les vomissements : les traitements anticancéreux mais aussi une gêne physique sur le trajet des aliments, une anxiété importante ou certaines maladies ou troubles associés au cancer (insuffisance rénale, troubles métaboliques…). Des traitements antiémétiques peuvent être prescrits pour limiter ces effets.

Troubles de la déglutition et dénutrition

Les personnes souffrant de troubles de la déglutition risquent souvent les fausses-routes alimentaires. Le ou la diététicien·ne et/ou nutritionniste peuvent proposer des aliments et des boissons dont la texture est modifiée pour éviter ces incidents. L’orthophoniste est aussi un acteur important qui peut proposer des exercices et des conseils pour la prise de repas. Dans certaines situations, et notamment en cas d’obstruction physique au niveau des voies aérodigestives supérieures, une alimentation entérale (par voie naso-gastrique) peut être nécessaire. L’alimentation parentérale (par voie intraveineuse) n’est considérée que lorsque toutes les autres options sont inenvisageables.

Le cancer, les nausées et vomissements associés, les troubles de la déglutition et le manque d’appétit favorisent souvent la perte de poids. La dénutrition peut alors poser un réel problème car elle affaiblit le patient, limite l’efficacité des différents traitements et ralentit la récupération physique après tout événement médical. Une nutrition adaptée, avec un enrichissement en protéines des rations consommées, permet de prévenir ou de corriger la dénutrition. L’alimentation entérale puis parentérale sont envisagées en recours si l’alimentation orale ne suffit pas à maintenir le poids du malade.

Troubles du transit

La constipation est l’un des symptômes intestinaux le plus fréquent chez les personnes atteintes de cancer. Elle est favorisée par l’immobilité, la modification des habitudes alimentaires et par certains traitements antalgiques (opioïdes) fréquemment prescrits en soins palliatifs. Un régime riche en fibres alimentaires et une hydratation suffisante du patient constituent les premiers moyens de réduire la constipation. En complément, une prescription de laxatifs est envisagée.

Troubles urinaires

L’incontinence, liée à l’avancée de la maladie ou consécutive à un traitement, peut être prise en charge par des médicaments. La pose d’une sonde permanente permettant l’évacuation continue des urines devient toutefois nécessaire lorsque le traitement est inefficace ou lorsque l’état du patient ne lui permet plus de se lever. À l’inverse, des cas de rétention aiguë d’urine peuvent survenir, que la cause soit médicamenteuse ou physique : dans ce cas, un sondage urinaire est rapidement réalisé.

La place des médecines complémentaires

Ostéopathie, acupuncture, relaxation, hypnose, sophrologie, homéopathie, aromathérapie… Toutes ces pratiques sont dites non conventionnelles à visée thérapeutique ou sont encore appelées médecines alternatives, douces ou naturelles… Peu présentes jusqu’à récemment dans le parcours de soins, elles intéressent de plus en plus les équipes médicales des soins palliatifs dont la préoccupation première est d’assurer le bien-être et l’apaisement du patient. Tout en manquant encore suffisamment de preuves scientifiques, la pratique clinique montre toutefois que certains symptômes tels que la douleur ou l’inconfort peuvent être soulagés grâce à des séances d’ostéopathie, d’acupuncture ou grâce à l’utilisation de l’homéopathie par exemple. La plupart de ces approches n’induisent pas d’effets secondaires et peuvent donc être utilisées, même chez un patient affaibli ou déjà lourdement traité.

Lorsque l’équipe médicale n’est pas à l’initiative de ce type de prescriptions, le patient et son entourage peuvent aussi être force de proposition et exprimer leur souhait. Il est important qu’il y ait un échange avec l’équipe soignante, qui pourra alors donner son avis, conseiller ou orienter. Elle saura également mettre en garde vis-à-vis de personnes ou d’associations extérieures pouvant proposer une approche « miracle », supposée supérieure aux traitements conventionnels.

Soulager les douleurs psychiques

Dès l’annonce de la maladie, les patients et leurs proches sont bousculés par de nombreuses émotions, parfois contradictoires ; combativité, espoir, colère, inquiétude, épuisement… Des interrogations spirituelles peuvent aussi émerger en ce qui concerne le sens de la vie, de sa propre existence et la perspective de la mort ; les croyances personnelles et religieuses peuvent alors parfois se renforcer ou évoluer.

Ce processus psychologique est inhérent au combat contre la maladie et sa prise en charge est primordiale. C’est la raison pour laquelle les professionnels spécialisés en soins palliatifs sont formés pour accompagner chaque patient dans le respect de ses croyances. Ils doivent pouvoir leur proposer un espace d’écoute et d’échange ; la rencontre avec un·e psychologue et/ou psychiatre peut être une première étape dans la recherche d’un apaisement intérieur. D’autres pistes de prise en charge peuvent également être envisagées : des techniques corporelles (relaxation, massage…), un traitement médicamenteux…

Les associations de bénévolat d'accompagnement

Les malades et/ou les proches qui le souhaitent peuvent être accompagnés par un·e bénévole d’accompagnement qui leur apporte présence et écoute. Le ou la bénévole n’est pas un·e professionnel·le de santé et n’a pas de compétences médicales ou psychologiques, mais il ou elle est recruté·e et formé·e par les associations de bénévolat en soins palliatifs pour apporter sa présence et son soutien dans le respect de la prise en charge médicale, de l’intimité et de la confidentialité des personnes. Il ou elle peut aussi aider les proches à bénéficier de temps de répit lorsque le malade est pris en charge à domicile.

1. Les « pratiques palliatives symptomatiques proportionnées » sont le plus souvent transitoires et répondent à un symptôme donné à un temps donné (pour exemple, une sédation pourra être mise en place face à une douleur ou une insomnie rebelle).

Ce dossier a bénéficié du concours du Docteur Laure Copel, cheffe du service Soins palliatifs du Groupe Hospitalier Diaconesses Croix Saint-Simon (Paris) ainsi que de l’ensemble des membres de l’équipe du Centre National des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV).