Que signifie "bien manger" pendant un cancer ?
Privilégier une alimentation variée, équilibrée et en quantité suffisante est un ingrédient essentiel pour mieux supporter les traitements et leurs potentiels effets secondaires.
01 mai 2026 Dernière mise à jour : 07-08-2026
Véritable alliée, l’alimentation fait pleinement partie des soins de support, au même titre que le soutien psychologique ou l’activité physique adaptée. Bien se nourrir donne des armes, préserve vos forces et limite le risque de dénutrition qui touche près d’un patient atteint de cancer sur deux. L’objectif n’est pas de suivre des règles strictes mais de manger suffisamment, varié et équilibré, de préserver votre poids et votre masse musculaire, sans pression ni culpabilité. C’est pourquoi il est important qu’une évaluation nutritionnelle soit réalisée dès le début de votre parcours de soins. Selon son résultat et le traitement envisagé, elle sera éventuellement suivie par une consultation avec un·e diététicien·ne spécialisé·e en oncologie. Cela permettra d’adapter l’alimentation à votre situation et aux effets secondaires liés à vos traitements.
Pourquoi c'est important ?
Parce que votre corps est davantage sollicité. Il doit lutter contre la maladie, réparer les tissus et gérer les effets des traitements. Cela demande plus d’énergie qu’en temps normal. Car vos apports nutritionnels diminuent tandis que les besoins en calories de votre corps augmentent. D’où le risque de dénutrition.
Il est conseillé de manger varié et équilibré, en se rapprochant d’un régime type méditerranéen. « Les travaux de recherche, notamment ceux menés dans le cadre de l’étude NutriNet-Santé, montrent que l’alimentation riche en fibres, en anti-oxydants et vitamines, à travers des quantités suffisantes de fruits et légumes et de céréales complètes, est associée à de meilleurs indicateurs de santé en population générale », indique le Dr Bernard Srour, chercheur en épidémiologie au sein de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle d’INRAE et de l’Inserm (CRESS-EREN) et coordinateur du réseau NACRe. En pratique, Émilie Masi, onco-diététicienne à la Maison RoseUp à Paris, conseille de puiser dans toutes les familles d’aliments – légumes, légumineuses, graines oléagineuses, fruits, féculents, protéines animales, produits laitiers, matières grasses, eau –, tout au long de la journée.
Le bol alimentaire idéal ? Par jour, de 120 à 200 g de féculents cuits ;150 à 300 g de légumes ;
120 à 150 g de protéines animales et/ou végétales (midi et soir) ; 2 produits laitiers (lait, yaourt ou 30 g de fromage) ; 2 à 4 fruits ; 2 cuillères à soupe d’huile pour cuisiner l’ensemble des repas de la journée + une petite portion individuelle de beurre le matin (si l’on apprécie) ;1,5 à 2 litres d’eau. Et un produit plaisir !
En cas de difficulté pour s’alimenter, tentez de conserver 1 produit laitier (lait, yaourt ou fromage) ; 1 portion de protéines animales (viandes, poissons, œufs) ou végétales (lentilles, pois chiches, pois cassés, haricots blancs/rouges, quinoa…) ; 1 portion de féculents (pâtes, riz, pommes de terre…) ; 1 portion de légumes ; 1 fruit ; 1 portion de gras (minimum 1 cuillère à soupe d’huile pour cuisiner ou un peu de beurre).
« Je n’arrivais ni à boire ni à manger pendant 2, 3 voire 4 jours après la chimio. Afin de ne pas trop m’affaiblir et de ne pas trop subir non plus ce qui m’arrivait, j’ai fait appel à une diététicienne de l’association «Appui Santé Loiret». Elle m’a aidée à garder une alimentation la plus variée possible et à maintenir une quantité de protéines suffisante pour renforcer l’immunité. »
SOPHIE, DIAGNOSTIQUÉE D’UN CANCER DU SEIN EN 2022
Si votre établissement ne dispose pas de diététiciens, le réseau ONCODIET propose un annuaire de professionnels de la nutrition spécialisés en oncologie. Pour en trouver un(e) près de chez vous, consultez le site sfncm.org.
Attention aux fausses bonnes idées !
Face au cancer, la tentation est grande d’essayer un régime miracle, de jeûner ou de supprimer certains aliments pour « affamer » la tumeur. Or, ces pratiques s’avèrent au mieux inefficaces, au pire risquées.
Régimes restrictifs et jeûne : c’est non
« Près d’une personne sur dix ayant ou ayant eu un cancer avoue avoir fait un régime restrictif », indique le Dr Bruno Raynard1, responsable de l’Unité nutrition de Gustave Roussy. Les deux principaux régimes de restriction sont le jeûne, défini par un arrêt complet de l’ingestion de macro et micro-nutriments, et le régime cétogène qui promeut une réduction drastique des glucides. Or, aucun de ces régimes n’a montré de bénéfice chez l’homme, ni en prévention, ni pendant les traitements. « Les résultats encourageants observés concernent essentiellement des modèles animaux, notamment pour le régime cétogène », précise le Dr Raynard.
Même conclusion pour les régimes privilégiant un aliment (champignon, curcuma, ail, myrtille…) ou encore le crudivorisme qui expose à des dérives sectaires.
En adoptant, un régime restrictif durant la maladie, on risque une fatigue accrue et surtout de perdre du poids et de la masse musculaire (sarcopénie), ce qui peut déclencher ou aggraver une dénutrition, rendre les traitements moins efficaces et/ou augmenter leur toxicité. Autant d’éléments susceptibles d’impacter défavorablement le pronostic.
Compléments alimentaires et plantes : attention aux interactions
« Les compléments alimentaires à base de plantes sont plutôt déconseillés et ceux contenant des vitamines ou des antioxydants à manier avec précaution et sous le contrôle d’un professionnel de santé, souligne Véronique Pelagatti, pharmacienne à l’Institut universitaire du cancer de Toulouse-Oncopole. Ils ont l’image de produits naturels mais naturel ne veut pas dire sans risque. Il n’y a pas de contrôle qualité suffisant ou d’étude clinique mesurant leur efficacité. » Ils peuvent interagir avec les traitements anticancéreux, soit en diminuant leur efficacité, soit en augmentant les effets indésirables. Les aliments et boissons restent la meilleure source de nutriments.
Son conseil : « Avec une alimentation équilibrée, vos apports en vitamines et en oligoéléments sont probablement suffisants. Pour vous en assurer, votre médecin pourra vous prescrire un bilan sanguin. S’il présente des carences, il prescrira une supplémentation. »
Quelques exemples d’interactions :
- Pamplemousse : contient des furanocoumarines qui bloquent une enzyme du foie (CYP3A4). Cela peut multiplier par dix les concentrations sanguines de certains médicaments (docétaxel, certaines hormonothérapies, thérapies ciblées), ce qui peut entraîner un risque de surdosage et de toxicité. Ces effets indésirables se produisent quelles que soient la forme (jus, fruit…) et la quantité consommées, et même si l’ingestion se fait à distance du traitement.
- Millepertuis : diminue l’efficacité de plusieurs chimiothérapies et hormonothérapies en accélérant leur élimination. Il est fortement déconseillé, même en tisane.
- Thé vert : augmente la toxicité de certains traitements anticancéreux et réduit l’efficacité de la chimiothérapie. Le Réseau NACRe recommande d’éviter sa consommation le jour du traitement et dans les 48 heures qui le précèdent et le suivent. Aucun bénéfice n’a été démontré pendant les traitements.
- Curcuma (ou plutôt la curcumine) : comporte un risque de toxicité hépatique et d’interactions. L’usage comme épice alimentaire reste sans danger.
- Soja : contient des isoflavones qui miment les œstrogènes (phyto-œstrogènes). Il vient donc contrer l’effet de l’hormonothérapie qui a pour but de bloquer ces hormones. En cas d’hormonothérapie, limitez sa consommation à 2 produits au soja (lait, yaourt, steak végétal…) par semaine. Sachez que la sauce soja et les pousses de soja – qui sont en réalité des haricots mungo – ne contiennent pas d’isoflavones, il est donc tout à fait possible d’en manger. Les compléments alimentaires, concentrés en isoflavones, sont déconseillés.
Il est essentiel de ne pas vous détourner des thérapies conventionnelles. Si vous avez des questions sur l’alimentation pendant votre traitement, parlez-en à votre oncologue.
Supprimer le sucre pour affamer le cancer : une idée fausse
La consommation excessive de sucre expose à un sur-risque de maladies comme l’obésité et certains cancers. Mais se priver de sucre parce que les cellules tumorales en sont friandes, n’a pas de fondement scientifique solide : « Si elles manquent de glucose, elles utiliseront d’autres voies métaboliques pour prendre leur énergie ailleurs dans l’organisme, comme dans les muscles ou la graisse », précise le Dr Raynard. Ce qu’on risque ? Une accélération de la fonte musculaire et de la perte de poids. Son conseil : « Toute expérimentation hors protocole doit être discutée et accompagnée par une évaluation diététique ».
Pensez à intégrer à vos repas du « bon gras » pourvoyeur d’oméga 3 telles que les huiles végétales (huile d’olives, de lin, noix, colza) crues, jamais chauffées. Et quatre fois par semaine, une poignée d’oléagineux (5 à 10 graines) : amandes, noix, noisettes, cacahuètes, graines de courge…
Les aliments dits à risque : c’est-à-dire les viandes/poissons/crustacés crus, les œufs crus ou peu cuits, les viandes et poissons fumés, les fromages au lait cru, les charcuteries. Il est aussi recommandé de se passer autant que possible des aliments ultra-transformés, trop sucrés, trop salés, trop gras. Certains de leurs ingrédients sont des perturbateurs endocriniens ou du microbiote voire des cancérigènes avérés ou fortement suspectés de l’être.
Bien manger et bouger !
L’alimentation et l’activité physique adaptée vont de pair. Ses bienfaits sont largement prouvés2. Cela agit favorablement sur le système immunitaire, la douleur, la fatigue, le moral, le déconditionnement physique et les risques qui l’accompagnent, le surpoids et la perte musculaire.
Selon les dernières recommandations du WCRF (World Cancer Research Found), il est essentiel de réduire le temps passé assis et de s’activer dans sa vie de tous les jours (se déplacer à pied ou en vélo plutôt qu’en voiture ou transports en commun, faire des tâches ménagères dynamiques, danser chez soi, etc.).
Ajoutez à cela environ 150 minutes d’activité physique modérée par semaine, soit environ 40 minutes 4 fois par semaine. Ou 75 minutes d’activité vigoureuse par semaine (vous devez être un peu essoufflé∙e quand vous parlez).
Avant d’amorcer tout programme, parlez-en avec votre médecin traitant. Il vous prescrira des séances d’APA (activité physique adaptée) et vous orientera vers des coachs formés. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter aussi le site sportetcancer.com.
« Cumuler les bonnes habitudes – manger équilibré, bouger régulièrement, maintenir un poids adapté, arrêter de fumer, limiter l’alcool – permet de réduire la fatigue, de soutenir le moral, de protéger la santé cardiovasculaire et métabolique, et surtout de diminuer significativement le risque de récidive ou de nouveau cancer », rappelle le Dr Pierre Senesse, responsable de l’Unité transversale de nutrition clinique à l’Institut de cancérologie de Montpellier (ICM) où a été mis en place le programme PANACÉA3. Son objectif est d’évaluer les bénéfices de l’intégration précoce des soins de support (dont l’APA) dans la prise en charge des patients touchés par un cancer.
Références
Ce dossier a été réalisé avec le concours de :
- Pr Mahasti Saghatchian, cheffe du pôle oncologie de l’hôpital Américain de Paris,
- Dr Véronique Pelagatti, pharmacienne à l’Institut universitaire du cancer de Toulouse-Oncopole,
- Dr Camelia Billard-Sandu, responsable du diplôme universitaire de photobiomodulation dans les soins oncologiques de support, à Gustave Roussy (Villejuif),
- Émilie Masi, diététicienne-nutritionniste, intervenante à la maison RoseUp à Paris,
- Dr Bruno Raynard, responsable de l’Unité transversale de diététique et de nutrition (UDEN) à Gustave Roussy (Villejuif),
- Dr Bernard Srour, chercheur en épidémiologie nutritionnelle (INSERM U1153, Université Sorbonne Paris Nord, INRAE, Cnam) et coordinateur du réseau NACRe (Nutrition, Activité physique, Cancer, Recherche),
- Dr Pierre Senesse, responsable de l’Unité transversale de nutrition clinique à l’Institut de cancérologie de Montpellier (ICM),
- Dr Nicolas Benech, gastroentérologue au Centre de recherche en cancérologie à Lyon.
Ce dossier a bénéficié d’une relecture du Réseau NACRe.
1. Raynard et al., Nutrition Clinique et Métabolisme, 2019 et rapport 2017 du Réseau NACRe (« Jeûne, régimes restrictifs et cancer »).
2. Physical Activity and Cancer Care – A review, August 2022 https://doi.org/10.3390/cancers14174154
3. “Preventive ANd supportive cAre interventions to reduCE at-risk behaviours And cancer morbidity”