Le cancer, une épreuve psychologique
La souffrance psychique peut survenir à différents moments du parcours de soin, mais certains sont plus difficiles à vivre pour le patient. Dans ces périodes « critiques », une vigilance accrue des professionnels de santé est recommandée.
18 septembre 2025 Dernière mise à jour : 16-12-2025
La souffrance psychique peut survenir à tout moment
Lorsque le cancer entre par effraction dans la vie des malades et de leurs proches, ces derniers plongent brutalement dans une période d’incertitude et d’imprévisibilité. « Le cancer bouscule tout et ébranle les certitudes. Le rapport à son corps, son rapport aux autres, sa famille et ses amis, au travail, au temps, tout vacille. Une reconfiguration brutale de la vie s’impose alors », décrypte Jonathan Grondin. Une épreuve que chacun vit différemment. Il n’y a pas une seule façon de réagir, ni une bonne ou une mauvaise manière de la traverser.
À chaque étape de la maladie et des traitements, les expériences de chacun, la personnalité, les vulnérabilités psychologiques déjà présentes, l’existence d’un lien fort avec ses proches ou au contraire l’isolement social, influencent les réactions et capacités d’adaptation. Différentes émotions peuvent traverser les patients et les proches tout au long de ce parcours, certains comparant leur état émotionnel à des montagnes russes.
Lors de l’annonce
Cancer… Le mot provoque d’abord un moment de sidération puis une déflagration émotionnelle chez les patients. Dès cet instant, ils sont confrontés à leur propre vulnérabilité, et l’idée de mort s’immisce dans les esprits. Face au diagnostic, à la description des options thérapeutiques et aux différentes étapes à venir, certains deviennent mutiques, quand d’autres peuvent être confus, fondre en larmes, hurler. Chacun réagit différemment, mais chacune de ces émotions est tout à fait normale.
Tout au long des traitements
Affronter un cancer s’accompagne de nombreuses questions, souvent très concrètes, sources de stress, d’appréhension et de peur. Puis-je continuer à travailler ? Quelles seront les conséquences des traitements sur mon corps (opération/amputation, infertilité, douleurs, modification de mon apparence…) ? Comment parler de ma maladie à mes proches, mes enfants… sans trop les inquiéter ? Est-ce que le traitement va marcher ? Que va-t-il se passer sinon ? Toutes ces interrogations sont légitimes.
Quand la maladie récidive
Le retour du cancer est une étape très difficile, parfois plus violente que l’annonce elle-même. Après s’être battus de toutes leurs forces contre la maladie, et avoir enduré des traitements difficiles, beaucoup craignent de ne pas avoir le courage ou la force de recommencer. C’est un moment qui fragilise à nouveau le patient, parfois pas tout à fait remis des précédentes souffrances physiques et psychiques.
Face à un cancer métastatique
Vivre avec un cancer métastatique, c’est accepter qu’on ne gagnera pas contre la maladie et qu’il va falloir vivre avec elle en permanence. C’est composer au quotidien avec les traitements, les examens, la fatigue et les effets secondaires qu’ils entraînent. C’est aussi osciller entre des phases de rémission et des phases d’évolution, des moments d’espoir et de désillusion. Ces montagnes russes émotionnelles épuisantes, usantes sont l’une des principales plaintes des patients atteints d’un cancer métastatique.
Quand plus aucun traitement ne marche
L’annonce de l’échec de la dernière ligne de chimiothérapie et l’entrée en soins palliatifs (qui visent à assurer jusqu’à la fin la meilleure qualité de vie possible) font émerger de multiples réactions telles que la sidération, la dépression, la colère, la peur ou l’anxiété.
Cet échappement de la maladie aux traitements est aussi violent pour les proches qui pouvaient, jusqu’alors, entretenir, malgré les épreuves, de l’espoir dans le but de protéger le malade mais aussi de se protéger eux-mêmes.
L'après-cancer, une phase tout aussi critique
L’intervention chirurgicale est passée, les cures de chimiothérapie ou la radiothérapie sont terminées. Les allers-retours à l’hôpital et les rendez-vous avec l’oncologue, les examens, ne rythment plus le quotidien. Paradoxalement, ce vide dans l’agenda peut perturber. Le regard des proches n’est pas non plus toujours évident à gérer. Pour eux, très souvent, fin des traitements signifie guérison, tout est terminé et la vie normale peut reprendre son cours, alors que pour les patients, la maladie a tracé un avant et un après. Le cancer est un « événement biographique » qui marque durablement.
La peur de la récidive peut aussi être paralysante. Chaque examen de suivi est un rappel qu’il y a un risque de retour de la maladie. Pour certains, cette surveillance étroite alimente leur anxiété, voire fait ressurgir un syndrome de stress post-traumatique. Les douleurs, les séquelles des traitements et du cancer (amputation, cicatrices…) ont également des répercussions au niveau psychologique (angoisse, désespoir, atteinte de l’image du corps, troubles du sommeil), au niveau social (sur les relations avec les autres) mais aussi au niveau spirituel (sens de la vie). Des difficultés que l’on rencontre chez les adultes, mais également chez les enfants et les adolescents atteints d’un cancer. L’expérience de la maladie constitue pour eux une épreuve forte les marquant durablement ainsi que leur famille (parents, fratrie, grands-parents…). Des difficultés ou bien des troubles psychologiques peuvent apparaître ou persister à l’adolescence puis à l’âge adulte, même si le cancer est guéri depuis longtemps.
Des données montrent ainsi qu’environ un quart des adolescents ayant survécu à un cancer pédiatrique présentent des symptômes dépressifs et/ou anxieux. Et chez les adultes de plus de 25 ans ayant combattu la maladie durant leur adolescence, on constate que des stigmates psychiques persistent encore chez plus de 12 % d’entre eux. « Si le soutien psychologique des patients et de leur famille a toujours été au cœur de la prise en charge des services d’oncologie pédiatrique, le suivi à long terme des malades est assez récent. Il se met en place progressivement en France. Et nous constatons que cela rassure les patients », relève le Dr Maryline Poirée, cheffe du service d’oncologie pédiatrique du CHU de Nice et coordinatrice régionale de l’équipe mobile Adolescents-jeunes adultes (AJA).
Comme la personne malade, l’entourage est profondément affecté par l’épreuve du cancer. Au niveau familial, cela induit une évolution des rôles de chacun, redistribue les responsabilités, un bouleversement auquel personne n’était préparé. Très souvent, les aidants craignent de ne pas être à la hauteur. Des difficultés qu’ils n’osent pas toujours exprimer de peur de faire de la peine ou d’inquiéter leur proche malade. Ils s’interdisent de flancher ou de se montrer vulnérables. Conséquence : plus des trois-quarts se disent stressés et épuisés, un tiers dort mal… Comment continuer à soutenir et accompagner quand on est à bout de souffle ? Prendre soin de leur santé mentale est donc un enjeu important, et fait partie des missions de l’équipe soignante. Des repères et une information sur les droits des aidants sont à retrouver dans le livret « Aider les proches aidants ».
Livret réalisé en collaboration avec Rose magazine
Les effets secondaires impactent aussi la santé mentale
Fatigue, douleurs, métamorphose du corps, troubles cognitifs ou de la sexualité… De nombreux effets indésirables des traitements et les conséquences de la maladie attaquent la confiance en soi, favorisent un repli sur soi et accroissent le risque de développer des difficultés psychiques.
Cette souffrance psychique est susceptible d’aggraver ou d’entretenir ces complications comme les douleurs chroniques par exemple. Des chercheurs ont notamment montré que la dépression et la douleur partagent des mécanismes communs, et pourraient impliquer une région cérébrale particulière. Aussi, la prise en compte des conséquences des traitements et de la maladie fait partie intégrante de la prévention et de la prise en charge des troubles de la santé mentale.
Remerciements à Jonathan Grondin, Psychologue clinicien à l’Institut Universitaire du Cancer Toulouse (IUCT) – Oncopole, au Dr Antonio Di Meglio, Oncologue à Gustave Roussy (Villejuif), et au Dr Georges-Michel Reich, Psychiatre au Centre Oscar Lambret (Lille).
Ce dossier est issu d’un livret réalisé en collaboration avec Rose Magazine qui informe les femmes touchées par tout type de cancers.