Déjouer la complicité entre les cellules tumorales et le réseau vasculaire cérébrale
Les travaux de l’équipe du Dr Giorgio Seano Institut Curie (Orsay) ont permis de mettre en lumière un mécanisme de résistance des glioblastomes à la radiothérapie et à la chimiothérapie
09 décembre 2024 Dernière mise à jour : 09-09-2025
Point de départ
Mystérieux, complexe, le cerveau fascine ! Alors que de nombreux scientifiques tentent de percer ses mystères, il résiste… y compris du point de vue du cancer. Au sein des tumeurs cérébrales, le glioblastome est la forme la plus fréquente avec 3500 nouveaux cas diagnostiqués chaque année en France. Le glioblastome est un cancer très agressif dont la prise en charge doit être optimisée. Lorsque cela est possible, les patients se voient proposer une résection chirurgicale dans le but de retirer un maximum de masse tumorale. Par la suite et afin de détruire les cellules cancéreuses restantes, les patients suivent une radiothérapie souvent associée à une chimiothérapie. Malgré ces efforts, 95 % des patients rechutent en raison de l’apparition de résistances aux traitements et seulement 5 % survivent à 5 ans. Mais alors, comment surviennent ces résistances ? Des équipes de recherche se penchent sur cette question centrale. Parmi elles, celle du Dr Seano, selon laquelle les résistances trouveraient leur origine dans la complicité de notre vaste réseau de vaisseaux sanguins qui aiderait les cellules cancéreuses à s’échapper, et à propager la maladie.
Avancées grâce à la Fondation ARC
Déjà en 2018, les recherches de cette équipe avaient mis en lumière que certaines cellules cancéreuses étaient capables de « marcher » sur les vaisseaux sanguins comme sur des chemins et ainsi se propager dans le cerveau, phénomène appelé co-option. Ils soupçonnaient à l’époque que cette faculté pourrait leur conférer un avantage pour échapper également aux traitements.
Cette fois, l’équipe du Dr Giorgio Seano met en lumière la cause de la résistance des glioblastomes à la radiothérapie et à la chimiothérapie. Elle serait en fait induite par une action conjointe des vaisseaux sanguins et des traitements eux-mêmes. En effet, grâce à un modèle de cellules dérivées de tumeurs de patients, l’équipe a pu montrer que sous l’effet de la radiothérapie ou/et de la chimiothérapie (temozolomide), les cellules évoluaient pour atteindre un état particulier appelé « VC-Resist ». Des analyses moléculaires ont montré que l’expression des gènes de ces cellules était différente de celle observée dans les cellules avant traitement.
Afin de valider cette observation dans un organisme vivant, en présence d’un réseau vasculaire, ils ont traité par irradiation et chimiothérapie des modèles murins présentant des glioblastomes. Grâce à la microscopie intravitale, un outil « dernière génération » permettant l’analyse du fonctionnement des cerveaux de ces modèles vivants, ils ont pu mettre en évidence, après traitement, la présence de ces fameuses cellules « VC-Resist ». Leur analyse moléculaire (niveaux d’expression des gènes, ARN, protéines) a montré que c’était en fait, leur composition interne qui les rendait résistantes aux traitements et leur conférait la capacité de se déplacer par co-option sur les vaisseaux sanguins, comme si les traitements entrainaient leur reprogrammation. « Imaginez les cellules cancéreuses comme des spécialistes de l’évasion. Lorsque nous les frappons avec des radiations ou une chimiothérapie, elles modifient leur composition interne et trouvent un moyen d’échapper au traitement en se rapprochant des vaisseaux sanguins, où la thérapie est moins efficace » déclare le Dr Seano.
Les pistes pour demain
Cette découverte a le potentiel de révolutionner le combat contre les glioblastomes. En approfondissant les connaissances sur la mobilisation des vaisseaux sanguins par les cellules cancéreuses à leur avantage, les chercheurs ont l’espoir de pouvoir bloquer ce processus. À terme, de nouvelles thérapies pourront être développées pour prévenir les rechutes et améliorer la vie des patients.