Cancers du foie, vers une nouvelle sensibilité aux traitements
08 décembre 2025 Dernière mise à jour : 20-03-2026
Des travaux menés dans une équipe soutenue par la Fondation ARC révèlent comment une molécule pourrait sensibiliser les cellules de cancers du foie à un traitement par thérapie ciblée, et peut-être bien plus.
Les cancers du foie emportent chaque année plus de 9 000 personnes, pour 11 000 cas diagnostiqués. Pour les patients dont la tumeur ne peut pas être opérée, la prise en charge repose sur des traitements de chimiothérapie et de thérapies ciblées. Malheureusement, ces approches ne sont généralement pas suffisantes pour faire reculer la maladie. A Marseille, dans une équipe soutenue par la Fondation ARC, des chercheurs tentent d’identifier des points de vulnérabilité dans ces cellules qui résistent aux traitements, pour mettre au point de nouvelles approches thérapeutiques. Leurs derniers résultats, publiés dans la revue Nature communications, laissent penser qu’une piste pourrait s’ouvrir.
Flavio Maina et ses collaborateurs, au Centre de recherche en cancérologie de Marseille, se sont intéressés aux protéines HDAC1 et HDAC2. Ces protéines sont des régulatrices épigénétiques : par leur action, elles modifient la structuration de la chromatine (assemblage complexe de l’ADN et de protéines) et permettent – ou bloquent – l’expression de certains gènes. De fait, diverses études ont déjà montré qu’une expression anormale de ces protéines était constatée dans de nombreux cancers. Plus précisément, la sur-expression de HDAC1/2 entraine l’arrêt de l’expression de gènes dit « suppresseurs de tumeurs », c’est-à-dire des gènes qui, lorsqu’ils sont exprimés, permettent de ralentir ou de bloquer la multiplication des cellules.
Les travaux publiés récemment par l’équipe marseillaise montrent non seulement que ces protéines sont sur-exprimées dans les échantillons de certains patients atteints de cancers hépatiques, mais aussi que cette sur-expression est associée à un moins bon pronostic. Dans différents modèles expérimentaux de cancers du foie, les chercheurs ont donc exploré les conséquences du blocage de ces enzymes. En l’occurrence, la piste intéressait particulièrement l’équipe, puisque des inhibiteurs de HDACs (HDACi) ont déjà fait la preuve de leur intérêt thérapeutique face à certains cancers hématologiques.
Dans un premier temps, les chercheurs ont pu montrer que la romidepsine entamait la viabilité de tout un panel de cellules issues de cancers hépatiques et cultivées in vitro. Cet effet reposait sur la réduction des niveaux d’expression d’un certain nombre de protéines qui favorisent la survie et la division cellulaire. D’autres analyses approfondies ont montré que l’inhibiteur agissait aussi sur le métabolisme des cellules, notamment celui des lipides, ainsi que sur les structures « cytosquelettiques » qui assurent la mécanique de division d’une cellule mère en deux cellules filles.
C’est ensuite la combinaison de la romidepsine et de thérapies ciblées qui a été mise à l’épreuve, thérapies ciblées déjà utilisées face aux cancers du foie. En effet, ces thérapies – des inhibiteurs de « récepteurs à activité tyrosine kinase » (RTKi) – sont souvent mises en échec par des mécanismes de résistance dans les cellules cancéreuses des patients, menant à une progression de la maladie ou à des rechutes. Alors que les cellules utilisées étaient toutes résistantes aux RTKi administrés seuls, l’ajout de romidepsine permettait de restaurer une sensibilité et les cellules traitées perdaient leur invincibilité.
Enfin, c’est sur des « tumoroïdes » – cultures tridimensionnelles d’échantillons tumoraux – et dans un modèle expérimental in vivo que les chercheurs ont pu tester la combinaison de traitements. Grâce à ces approches, ils ont non seulement confirmé son effet antitumoral, mais ils ont aussi montré qu’elle modifiait le microenvironnement immunitaire des tumeurs, en augmentant significativement la quantité de cellules immunitaires actives infiltrées dans les tumeurs. Une piste à suivre, pour envisager, pourquoi pas, une autre voie d’optimisation des traitements.
R.D.