Pour comprendre les chemins du développement métastatique des neuroblastomes.
08 janvier 2025 Dernière mise à jour : 10-10-2025
Des travaux soutenus par la Fondation ARC entre 2018 et 2024 permettent de remonter aux origines des cellules métastatiques de neuroblastome, une étape indispensable pour imaginer, un jour, enrayer ce développement.
Parmi les tumeurs solides qui surviennent chez les enfants, les neuroblastomes sont les plus fréquentes après les tumeurs cérébrales. Ces cancers, qui touchent des cellules du système nerveux périphérique, sont diagnostiqués dans 9 cas sur 10 avant l’âge de 5 ans et avant 1 an dans 2 cas sur 5. Les neuroblastomes sont des maladies très diverses. Certains cas évoluent favorablement et ne nécessitent qu’une surveillance rapprochée, quand d’autres, près de la moitié, sont des cancers beaucoup plus agressifs, souvent diagnostiqués à un stade déjà métastatique, et nécessitent une prise en charge lourde à l’efficacité encore insuffisante.
Comprendre les ressorts sous-jacents de cette évolution agressive est encore une nécessité pour envisager, à terme, mettre au point des stratégies thérapeutiques efficaces. A Lyon, dans l’équipe de Valérie Castellani et celle, plus récente, de Céline Delloye-Bourgeois, on s’intéresse à la façon dont émergent les tumeurs au cours du développement embryonnaire, notamment au sein du système nerveux. Pour y parvenir, des modèles expérimentaux ont été mis au point, notamment grâce à l’utilisation… d’œufs de poules, le développement du système nerveux des oiseaux étant très proche de celui des humains.
Ainsi, dans une étude publiée en novembre dernier, les deux équipes lyonnaises ont suivi le développement de cellules de neuroblastome (humain) implantées dans un embryon de poulet, jusqu’à la formation de métastases au niveau de la moelle osseuse. Concrètement, ce suivi a consisté en une analyse du transcriptome (l’ensemble des gènes exprimés) des cellules cancéreuses dans différents sites et à différents temps post-implantation. Les résultats obtenus – qui ont aussi été comparés à des données issues d’échantillons prélevés chez des patients – révèlent que leur modèle aviaire restitue fidèlement la variabilité moléculaire qui est observable entre les patients mais aussi entre les cellules cancéreuses d’un même patient. Plus précisément, les programmes génétiques dont les chercheurs ont pu observer la mise en œuvre dans les cellules analysées correspondaient à ceux qui régulent le développement précoce de la crête neurale, zone embryonnaire dans laquelle les cellules cancéreuses étaient implantées et à partir de laquelle émergent divers types cellulaires (cellules osseuses et cellules du système immunitaire périphériques, notamment). Des résultats cohérents avec ceux déjà obtenus en 2017 par Valentina Boeva (voir ci-dessous), qui s’intéressait alors à l’identification des profils moléculaires de neuroblastomes résistants aux chimiothérapies.
Grâce à ces derniers travaux, les équipes de Valérie Castellani et de Céline Delloye-Bourgeois sont donc parvenues à identifier des programmes génétiques impliqués dans le développement des neuroblastomes. Mieux, la méthodologie employée leur a même permis de pointer le rôle de 25 gènes dans l’établissement de métastases dans la moelle osseuse, 25 cibles potentielles pour enrayer l’évolution fatale de cette maladie.
R.D.
Source : Villalard, B. et al ; Neuroblastoma plasticity during metastatic progression stems from the dynamics of an early sympathetic transcriptomic trajectory ; Nature Communications ; Novembre 2024