Qu'est-ce qu'un cancer professionnel ?
Un cancer est dit « professionnel » ou « d’origine professionnelle » s’il est la conséquence directe de l’exposition professionnelle d’un travailleur à un risque physique, chimique ou biologique, ou qu’il résulte des conditions dans lesquelles il exerce son activité. On compterait plus de 12 000 cas de cancers d’origine professionnelle chaque année en France, qui concernent des localisations variées : cancers du poumon, mésothéliome, cancers de la vessie, du larynx, etc.
01 février 2026 Dernière mise à jour : 05-05-2026
Cancers professionnels et agents cancérogènes (ou cancérigènes) : de quoi parle-t-on ?
Les cancers professionnels résultent d’une exposition à certains agents cancérogènes (qui provoquent ou favorisent les cancers) dans le cadre de l’activité professionnelle.
Il s’agit notamment d’agents :
- chimiques: pesticides, certains composés organiques volatiles (COV), benzène, trichloréthylène, formaldéhyde), gaz d’échappement diesel ;
- physiques: rayonnements ionisants, amiante, poussières de bois ;
- biologiques: certains virus, toxines.
Certains procédés ou activités professionnelles sont considérés comme cancérogènes : il s’agit notamment d’opérations telles que le soudage ou la peinture, qui sont responsables d’émissions de substances cancérogènes. peut aussi être cancérogène : la recherche a montré ces dernières années que le travail de nuit peut augmenter les risques de cancer du sein chez les femmes, notamment lorsqu‘il est exercé sur de nombreuses années.
On considère que de nombreux cancers professionnels résultent de l’exposition à plusieurs agents cancérogènes : on parle alors de multi-exposition ou polyexposition. Ainsi, une activité professionnelle spécifique qui expose à des facteurs cancérogènes peut être classée cancérogène, comme le métier de peintre ou de pompier (voir plus bas).
En outre, il faut distinguer :
- les cancers reconnus comme maladies professionnelles par les organismes de Sécurité sociale (régime général, agricole ou autres) ;
- les cancers pouvant être liés à une exposition, dans le cadre professionnel, à des agents classés comme cancérogènes par le CIRC et sur lesquels les connaissances évoluent constamment.
Parmi les cancers que l’on estime être attribuables à l’activité professionnelle, seuls 15 % seraient reconnus comme maladies professionnelles. Il existe habituellement un délai de quelques années entre :
- d’une part, l’identification d’un lien entre l’exposition à un agent cancérogène dans le cadre professionnel et la survenue d’un cancer ;
- d’autre part, la mise en place d’un dispositif (un « tableau ») permettant la prise en charge par la Sécurité sociale du cancer professionnel correspondant.
Enfin, les connaissances scientifiques, mais aussi les métiers, les conditions de travail, les procédés et matériaux utilisés ainsi que les outils de prévention des risques ont évolué et évolueront encore. Il faut donc distinguer :
- l’exposition actuelle à des cancérogènes dans le cadre du travail, qu’il faut prévenir pour réduire le risque de cancers futurs;
- les cancers professionnels en eux-mêmes, qui reflètent des expositions passées, remontant parfois à plusieurs décennies.
Comment détermine-t-on qu’un agent est cancérogène pour des travailleurs ?
L’évaluation du caractère cancérogène d’un agent ou d’une activité liée au travail se base sur un ensemble d’études :
- des études sur les propriétés chimiques et physiques de l’agent ;
- des études in vitro mesurant les capacités d’un agent à causer des dommages et visant à comprendre les mécanismes d’action ;
- des études expérimentales chez l’animal de laboratoire ;
- des études épidémiologiques qui permettent d’estimer l’association entre l’exposition à un agent (sa nature, son intensité, sa durée…) et son effet sur la santé des populations, des travailleurs en l’occurrence.
La classification de l’Union européenne dite « CLP » (classification, étiquetage et emballage des substances et des mélanges) des produits dangereux répartit les cancérogènes chimiques en trois catégories :
- catégorie 1A : substances cancérogènes pour l’humain, avec des preuves suffisantes de relation de cause à effet entre l’exposition et l’apparition d’un cancer ;
- catégorie 1B : substances devant être assimilées à des substances cancérogènes pour l’humain, avec de fortes présomptions de cause à effet entre l’exposition et l’apparition d’un cancer ;
- catégorie 2 : substances préoccupantes pour l’humain en raison d’effets cancérogènes possibles.
La classification du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) [1], qui porte sur l’ensemble des agents cancérogènes (chimiques, physiques, biologiques, procédés…), distingue trois catégories :
- groupe 1 : cancérogène (parfois appelé cancérogène avéré ou cancérogène certain) pour l’humain ;
- groupe 2 : probablement cancérogène (2A) ou possiblement cancérogène (2B) pour l’humain ;
- groupe 3 : inclassable quant à sa cancérogénicité pour l’humain (manque de données).
Seule la classification de l’Union européenne a une valeur réglementaire. Celle du CIRC permet toutefois de dresser un état des lieux des connaissances sur les effets d’un agent à un moment donné.
Le Code du travail français liste également les agents et activités cancérogènes devant faire l’objet d’une démarche de prévention des risques en entreprise [2].
[1] Le CIRC est une agence intergouvernementale de recherche contre le cancer créée en 1965 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
[2] Références : article R. 4412-60 du Code du travail, et arrêté du 26 octobre 2020.
Qui est concerné par l’exposition à des cancérogènes dans le cadre du travail ?
Si tout le monde est potentiellement concerné par le risque d’exposition à des cancérogène en milieu professionnel, on estime que 10 % des travailleurs sont particulièrement exposés. Certains secteurs et activités sont davantage à risque :
- l’industrie du bois, de la métallurgie, du cuir, de la chimie, de la plasturgie ;
- le bâtiment et les travaux publics ;
- l’agriculture ;
- l’activité minière.
Les métiers de la maintenance, du nettoyage, du transport, du dépannage, de l’esthétique ou de la coiffure, de la peinture de carrosserie ou encore le travail dans un laboratoire d’anatomopathologie ou de recherche présentent aussi des risques potentiels d’exposition à des cancérogènes. Les travailleurs de l’industrie du nucléaire ou encore le secteur médical sont quant à eux potentiellement concernés par l’exposition aux rayonnements ionisants.
Selon une étude française, les profils de salariés les plus concernés par un risque d’exposition à un (des) cancérogène(s) chimique(s) sont :
- les hommes (19 % contre 3 % des femmes) ;
- les ouvriers, qui comptent pour plus des deux tiers des salariés exposés à au moins un agent cancérogène chimique ;
- les jeunes;
- les salariés à contrat précaire;
- les salariés de petites entreprises, qui ont parfois des politiques de prévention des risques professionnels moins développées.
En 2023, le CIRC a classé l’exposition professionnelle en tant que pompier comme cancérogène pour l’humain. En effet, les pompiers peuvent être exposés à des agents multiples, notamment les produits issus de la combustion, des produits chimiques, des retardateurs de flamme, des gaz d’échappement de moteur diesel, à des pesticides, au travail de nuit, à l’amiante dans le passé… Ils seraient plus à risque de mésothéliome (cancer de la plèvre) et de cancer de la vessie.
Qui est concerné par les cancers professionnels ?
Les hommes sont actuellement plus touchés que les femmes par les cancers professionnels. Les expositions professionnelles seraient ainsi responsables de 5 % des cancers chez les hommes et de 1 % des cancers chez les femmes. Une des raisons est que les femmes exercent moins fréquemment des métiers qui les exposent à des agents cancérogènes.
Comme les cancers non professionnels, les cancers professionnels touchent davantage les personnes plus âgées, avec un âge moyen au moment de la reconnaissance d’un cancer professionnel de 68 ans. En effet, ils apparaissent généralement 10, 20, voire 40 ans après l’exposition à des cancérogènes au travail. Si certaines personnes atteintes d’un cancer d’origine professionnelle sont encore en activité, la plupart sont donc à la retraite. Même après cette dernière, la reconnaissance du caractère professionnel est toujours possible.
Quels sont les cancers professionnels les plus fréquents ?
On estime qu’ont une origine professionnelle :
- 85 % des cancers de la plèvre (mésothéliomes) ;
- 15 % des cancers du poumon ;
- 7 à 40 % des cancers des fosses nasales et sinus (cancers ORL) ;
- 2 à 14 % des cancers de la vessie ;
- 5 à 18 % des leucémies (cancers du sang) ;
- 1 % des cancers du sein.
Sur la période 2013-2017, l’Assurance Maladie a reconnu en moyenne 1 840 cancers d’origine professionnelle par an, ce qui représente 0,5 % des nouveaux cas de cancers recensés en France. Parmi ces cancers, plus des trois quarts sont liés à l’amiante. Le nombre de cancers reconnus par l’Assurance Maladie a plus que triplé en 20 ans. La lourdeur de la procédure de reconnaissance professionnelle a été identifiée comme étant un frein à la démarche, de même que la difficulté à identifier chez certains patients les expositions passées, notamment lorsque le cancer survient longtemps après la fin de celles-ci.
Comment sait-on qu’un cancer est d’origine professionnelle ?
La preuve du lien entre un cancer d’un travailleur et son activité professionnelle est souvent difficile à mettre en évidence. En effet, il faut pouvoir analyser dans le détail les agents chimiques, physiques ou biologiques (dont certains ont pu être réglementés ou interdits depuis) ainsi que les procédés et conditions de travail auxquels le travailleur a été exposé tout au long de ses années d’activité. L’exposition peut être directe, mais aussi indirecte, si le travail a été effectué à proximité d’un poste qui expose à des agents cancérogènes.
De plus, rien ne permet actuellement de différencier les cancers d’origine professionnelle de cancers ayant une autre origine : quelle que soit la nature du ou des facteurs qui ont déclenché un cancer, la maladie se manifeste et se développe de la même façon. Par exemple, un cancer du poumon présente les mêmes symptômes, qu’il soit associé à une exposition professionnelle à l’amiante ou à un tabagisme. L’existence de plusieurs facteurs de risque concomitants peut d’autant plus créer la confusion : lorsqu’un patient qui a fumé toute sa vie est atteint d’un cancer du poumon, celui-ci est plutôt attribué d’emblée au tabagisme, occultant potentiellement une exposition à des cancérogènes sur le lieu de travail. Dans la mesure où un tableau de maladie professionnelle existe, la reconnaissance est facilitée, du fait d’une présomption d’imputabilité applicable.
Face à un patient atteint de cancer, le médecin ne pense donc pas systématiquement à une origine professionnelle. Cependant, il peut être alerté en cas de cancers connus pour leur association à certaines activités, comme le mésothéliome, le plus souvent dû à l’exposition professionnelle à l’amiante. De même, on estime que le cancer du poumon chez l’homme est dans 20 % des cas d’origine professionnelle.
De leur côté, les patients ne savent pas toujours qu’ils ont été en contact avec des produits à risque ou ne s’en souviennent plus. Les médecins du travail n’ont pas non plus toujours une bonne traçabilité des expositions passées en entreprise. Enfin, de nombreux patients ne connaissent pas suffisamment leurs droits en matière de reconnaissance des cancers d’origine professionnelle. On note également un manque d’information et de formation du corps médical. Il en résulte que lorsqu’ils sont d’origine professionnelle, 60 % des cancers du poumon ne sont pas reconnus comme tels ni indemnisés par les organismes de protection sociale.
En France, la Stratégie décennale de lutte contre le cancer 2021-2030 possède un volet « Prévention » comprenant un chapitre « Mieux reconnaître les expositions professionnelles pour mieux prévenir les cancers professionnels ».
Elle a pour objectifs :
- d’améliorer la prévention des cancers d’origine professionnelle, notamment dans les très petites entreprises (TPE), les petites et moyennes entreprises (PME), auprès des travailleurs indépendants et des sociétés et entreprises employant des intérimaires ;
- d’améliorer la reconnaissance des cancers d’origine professionnelle ;
- de coordonner les travaux de recherche pour mieux prendre en compte l’ensemble des résultats et permettre leur application opérationnelle.
Pour cela, l‘État ambitionne notamment de continuer à adapter la réglementation aux connaissances scientifiques et à veiller à leur application, de diffuser des bonnes pratiques de prévention pour les entreprises et à lutter contre la sous-déclaration des cancers professionnels. L’effet attendu de ces actions serait une amélioration des connaissances, de la reconnaissance, de la prise en charge et de la prévention des cancers d’origine professionnelle.
Références
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Dr Béatrice Fervers, cancérologue et coordinatrice de l’Unité Cancer Environnement du centre Léon-Bérard (Lyon) et de la FNATH, Association des accidentés de la vie.