La prévention et le dépistage des cancers après 75 ans
Quel que soit l’âge, il est essentiel d’être attentif aux moyens de prévenir le cancer et de le dépister le plus tôt possible.
13 juin 2022 Dernière mise à jour : 16-07-2025
Des mesures de prévention individuelles utiles à tout âge
Il existe des recommandations officielles en matière de prévention du cancer pour l’ensemble de la population, des plus jeunes aux plus âgés :
- ne pas fumer. Le tabagisme est responsable de 29 % des décès par cancers en France, soit 46 000 cas par an. Il est donc recommandé de ne pas fumer et, pour les fumeurs, d’envisager l’arrêt du tabagisme : cette décision est toujours envisageable et bénéfique pour la santé, quel que soit l’âge de la personne, le niveau ou l’ancienneté de la consommation ;
- limiter sa consommation d’alcool. L’alcool est cancérigène ; il serait responsable de 11 % des cas de cancers chez les hommes et 4,5% chez les femmes. Le risque augmente avec la quantité consommée. Aussi, il est recommandé de limiter les occasions de boire tout en réduisant la quantité consommée ;
- avoir une alimentation diversifiée et équilibrée. La consommation excessive de certains aliments comme la viande rouge, la charcuterie ou le sel peut augmenter le risque de cancer. À l’inverse, les céréales, les fruits et les légumes sont connus pour apporter un effet protecteur. Les recommandations du Plan National Nutrition Santé permettent non seulement de prévenir le risque de cancer mais aussi celui des maladies métaboliques et cardiovasculaires ;
- éviter l’exposition au soleil. Les rayonnements UV (UVA, UVB) sont cancérigènes pour l’homme, que la source soit naturelle ou non. Il est recommandé d’éviter de s’exposer durant les heures les plus chaudes de la journée en été, de privilégier l’ombre et le port de vêtements couvrants, même légers, dès que possible et d’utiliser régulièrement des crèmes solaires haute protection contre les UVA et les UVB ;
- avoir une activité physique adaptée et régulière. Elle diminue le risque de plusieurs cancers et agit indirectement en contribuant à prévenir le surpoids (facteur de risque de cancer).
Le dépistage des cancers avant et après 75 ans
Le dépistage permet de détecter un cancer à un stade précoce même s’il n’y a pas encore de symptômes déclarés. Il facilite le diagnostic des tumeurs de petites tailles et permet aussi de déceler des lésions précancéreuses (polypes intestinaux, hyperplasies du sein, du col de l’utérus, etc.), avant qu’elles n’évoluent en cancer. Par une détection précoce, le dépistage permet d’augmenter les chances de guérir la maladie, voire de la prévenir.
Aujourd’hui, plusieurs pathologies cancéreuses peuvent être dépistées par le biais d’un examen simple, réalisé à intervalles réguliers : la mammographie pour dépister le cancer du sein, la recherche de sang occulte dans les selles pour le cancer colorectal, le frottis vaginal pour le cancer du col de l’utérus, l’examen clinique de la bouche ou de la peau pour dépister respectivement un cancer de la bouche ou un cancer cutané. L’âge du premier dépistage et sa fréquence dépendent de l’historique personnel et familial du sujet dépisté
ainsi que de la tranche d’âge à laquelle survient majoritairement la maladie.
La personne âgée peut régulièrement bénéficier de cette surveillance :
- en participant aux campagnes de dépistage organisé du cancer du sein et du cancer colorectal, destinées aux personnes de 50 à 74 ans et du cancer du col de l’utérus pour les femmes de 25 ans à 69 ans. Ces bornes d’âge sont fixées selon des critères médico-économiques. Entre 50 et 74 ans, le
coût du dépistage organisé est justifié par une baisse de la morbidité et de la mortalité. Néanmoins, ces seuils sont amenés à évoluer compte tenu du vieillissement croissant de la population, de l’augmentation de l’espérance de vie ou encore des progrès thérapeutiques. À ce titre, ces bornes d’âge sont requestionnées dans le cadre de la Stratégie décennale de lutte
contre le cancer (2021-2030) avec, en perspective, de probables nouvelles recommandations ; - au-delà des limites d’âge des dépistages organisés, en se soumettant régulièrement aux mêmes examens, proposés au cas par cas par l’équipe médicale. Il en est de même pour les autres cancers dépistables et qui ne bénéficient aujourd’hui pas de campagne organisée, comme le cancer de
la peau et de la bouche. Dans ce cas, c’est le médecin traitant, un médecin spécialiste ou un chirurgien-dentiste, qui prescrit l’examen ou le réalise selon le profil du patient, ses facteurs de risque, ses antécédents personnels et familiaux et selon les recommandations des sociétés savantes.
Le médecin évalue toujours le bénéfice et le risque du dépistage avant de le proposer à son patient : une personne de plus de 70 ans en bon état général gagne à être dépistée car cette démarche permet de diagnostiquer un éventuel cancer à un stade précoce et de mettre en place un traitement anti-cancéreux le plus tôt possible. En revanche, une personne âgée ayant un état de santé dégradé par une ou plusieurs maladies ne se verra pas systématiquement proposer un tel dépistage : l’incapacité physique et psychologique
à suivre certains traitements anti-cancéreux doit être mise en balance avec la présence d’une tumeur dont la vitesse d’évolution n’infléchira pas significativement l’espérance de vie.
Il n’existe pas en France, ni dans aucun autre pays, de programme national de dépistage du cancer de la prostate s’adressant aux hommes de manière systématique ; le bénéfice du dépistage du cancer de la prostate n’est pas clairement démontré. Outre le fait que les deux examens (toucher rectal et dosage du PSA) ne présentent pas une fiabilité suffisante, un autre argument fait l’objet de discussions dans le cas des personnes âgées.
En effet, même si la fréquence de cette maladie augmente avec l’âge, son évolution est très lente ; les symptômes ne surviennent en moyenne que 10 à 15 ans après l’apparition de la tumeur.
Dépister une tumeur précoce de la prostate chez un homme âgé revient donc à envisager la prise en charge d’une maladie qui n’aura peut-être pas d’incidence sur l’espérance de vie de la personne. Ainsi, pour réduire les cas de surdiagnostic (diagnostic d’une tumeur qui ne se serait jamais manifestée du vivant de la personne) ou de surtraitement (traitement d’une tumeur sans impact sur le pronostic de la maladie), le dépistage chez une personne ne présentant pas de symptômes ne peut être proposé qu’au cas par cas. C’est une décision qui doit être réfléchie et discutée avec un médecin.
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Pr Pierre Soubeyran, oncologue médical et directeur de la recherche au sein de l’Institut Bergonié, Bordeaux.