Adolescents et jeunes adultes : les défis pour mieux prendre en charge leurs cancers
Face au cancer, la prise en compte des adolescents et des jeunes adultes en tant que population « à part » s’impose comme une évidence sociale, médicale et purement scientifique. En une vingtaine d’années, des progrès ont été faits mais les défis sont encore nombreux pour optimiser les traitements et améliorer la prise en charge globale de ces patients.
09 août 2025 Dernière mise à jour : 19-08-2026
Chaque année, en France, on estime qu’un peu plus de 2000 patients de 15 à 25 ans apprennent qu’ils ont un cancer. Chez ces adolescents et jeunes adultes (AJA), diverses études ont mis en évidence des taux de survie moins bons que chez les populations plus âgées ou plus jeunes, selon les cancers.
Comment expliquer ce phénomène et améliorer la guérison ? Au-delà de la stricte survie, la question de la qualité de vie se pose aussi : comment sont vécus la maladie et les traitements quand ils surgissent dans cet « entre deux âges » au cours duquel se jouent tant de transitions ?
Une recherche à structurer
Pour mieux connaître les tumeurs des adolescents et des jeunes adultes, les chercheurs tentent de déterminer les contextes physiologiques, biologiques, moléculaires mais aussi sociaux et psychologiques dans lesquels ces maladies émergent.
Comme les cancers pédiatriques, ceux des AJA sont souvent caractérisés par des cellules portant des anomalies génétiques peu nombreuses mais redoutables. Ces anomalies, si elles peuvent être ciblées, constituent de véritables talons d’Achille pour les tumeurs. Cette opportunité s’est avérée payante dans le cas de certaines leucémies aiguës : l’identification de certains mécanismes moléculaires spécifiques aux AJA a ouvert la voie à l’utilisation de thérapies ciblées qui ont changé le pronostic des patients dès les années 2000.
Dans les lymphomes hodgkiniens ou les ostéosarcomes, qui apparaissent en très grande majorité entre 18 et 30 ans, les dernières découvertes sur la diversité génétique des cellules cancéreuses et du microenvironnement tumoral ouvrent des perspectives pour comprendre et contrer les résistances aux traitements actuels et en imaginer d’autres.
Pour que ces travaux mènent au développement de nouveaux traitements, la recherche clinique doit aussi se structurer pour intégrer plus systématiquement les adolescents et les jeunes adultes : les essais précoces menés dans le cadre pédiatrique ne peuvent théoriquement pas inclure de patients de plus de 18 ans et les moins de 18 ans ne peuvent pas intégrer les essais menés chez l’adulte… C’est toute l’organisation du soin qui doit prendre en compte les spécificités et les besoins de la population « AJA ».
L’importance d’un accompagnement adapté
Parmi les traitements dispensés à ces jeunes patients, certains sont délivrés en service d’oncologie adulte quand d’autres dépendent de services pédiatriques. Cette segmentation du parcours de soin n’est pas propice à une prise en charge globale optimisée.
Ainsi, sous l’impulsion des patients eux-mêmes, la parole des adolescents et des jeunes adultes a émergé et fait avancer les politiques de santé et la structuration des soins. En 2012, huit équipes ont été labellisées – elles sont aujourd’hui 27 à travers tout le territoire – pour coordonner l’action des professionnels qui prennent en charge des AJA et assurent le suivi à long terme des anciens patients. Outre l’organisation de réunions de concertation pluridisciplinaires spécifiques aux AJA, ces équipes proposent des consultations de préservation de la fertilité, de prévention des addictions, un soutien psychologique spécialisé…
Actuellement, on estime que 50% seulement des adolescents et jeunes adultes sont pris en charge dans ces cadres dédiés, qui ne sont pas encore assez connus des patients, de leur famille et même des personnels soignants.
15-25
C’est aujourd’hui, en France, la tranche d’âge qui définit les adolescents et jeunes adultes atteints de cancers. Elle s’étend jusqu’à 30 ans en Espagne, voire 40 aux États-Unis. D’intenses tra vaux d’épidémiologie sont menés pour mieux caractériser les popu lations de jeunes patients et dé finir de façon plus pertinente ces limites d’âge. Une définition cru ciale, en particulier parce que ces limites conditionnent l’accès aux structures spécialisées de prise en charge et aident à piloter les politiques de santé.
Votre don fait la différence !
450 000 € sur 3 ans, c’est le montant de notre soutien attribué en mai 2024 au Programme Labellisé Fondation ARC mené par l’équipe de Marie Castets, avec celle d’Erika Cosset. Ce projet de recherche a pour but d’ouvrir des perspectives face à des cancers du cerveau qui touchent les enfants et adolescents. Plus particulièrement, Marie Castets souhaite cibler les gliomes infiltrant le tronc cérébral, qui sont des cancers très agressifs et qui se développent principalement pendant l’enfance.
Cette subvention permet aux deux équipes lyonnaises de renforcer leurs effectifs par un bio-informaticien et deux ingénieurs en charge du développement des modèles expérimentaux par des méthodes innovantes.