Cancer et vieillissement, où en est la recherche ?
S’il semble aujourd’hui évident de dire que le cancer est une maladie liée à l’âge, force est de constater que la recherche, qu’elle soit clinique ou fondamentale, doit encore progresser pour appréhender cette question du vieillissement dans toutes ses dimensions.
08 août 2023 Dernière mise à jour : 19-08-2026
Aujourd’hui, 30% des nouveaux cas de cancers surviennent après 75 ans. En 2050, cela pourrait être 50% des cas diagnostiqués. La question de la prise en charge adaptée des personnes âgées touchées par un cancer est donc un sujet de santé publique amené à être de plus en plus important dans nos sociétés.
L’oncogériatrie, des preuves pour bâtir une prise en charge spécifique
Depuis deux ans, plusieurs essais cliniques oncogériatriques menés aux Etats-Unis ont vu leurs résultats publiés dans les plus grands journaux scientifiques. L’objectif était de savoir si la réalisation d’une évaluation gériatrique des patients permettait d’améliorer leur prise en charge. Les enseignements sont clairs : oui, l’évaluation gériatrique* permet d’orienter de façon objective la prise en charge, d’adapter le dosage des traitements et, ainsi, de réduire significativement des toxicités parfois sévères.
En France, des essais sont en cours et leurs résultats sont attendus d’ici deux à cinq ans. Ils devraient donner des indications précieuses pour mieux organiser la prise en charge gériatrique dans le système de soin français. Certains essais comportent des évaluations médico-économiques qui permettront de savoir si cette prise en charge spécifique (qui implique un investissement, notamment humain) n’est pas, tout compte fait, aussi une source de réduction des coûts de santé. En effet, de nombreuses hospitalisations ou traitements supplémentaires pourraient être évités, par exemple, en réduisant les toxicités.
Toutes ces données sont autant d’arguments pour renforcer la structuration de l’oncogériatrie, une spécialité qui devient incontournable dans les centres de traitement des cancers.
Vers de nouvelles solutions thérapeutiques : comprendre le vieillissement et son impact
Pour les biologistes, le vieillissement est avant tout un état vers lequel évoluent les systèmes immunitaire, nerveux et hormonal. Ce sont des équilibres métaboliques qui se déplacent, toutes ces évolutions reposant sur des mécanismes cellulaires et moléculaires complexes. Or, tous ces curseurs bougent avec l’âge mais de façon très différente d’une personne à une autre. Plus important, nous savons aussi qu’ils sont impliqués dans l’émergence des cancers ou dans la réponse aux traitements. Tout l’enjeu actuel est donc de mieux décrypter ces mécanismes pour savoir comment les enrayer et disposer de leviers thérapeutiques plus efficaces chez les personnes âgées.
Aujourd’hui, la collaboration entre des chercheurs de disciplines fondamentales et des cliniciens devient une réalité dans les laboratoires. Ainsi, la mise en œuvre de projets dits « translationnels » devrait permettre de faire avancer les connaissances utiles aux patients.
À titre d’exemple, les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux modifications qui touchent le micro-environnement tumoral. Or, chez les personnes âgées, ce micro-environnement n’est pas le même que chez les plus jeunes : système immunitaire, circulatoire, microbiote, régulations hormonales diverses, etc. Comment imaginer alors que les immunothérapies, par exemple, fonctionneraient de la même façon dans des contextes aussi différents ? Rendre accessibles des échantillons provenant de patients âgés à des chercheurs experts dans la manipulation des cellules immunitaires ouvre ainsi des opportunités précieuses pour décrypter ce qu’il se passe dans des situations cliniques réelles et pour identifier des leviers d’action adaptés.
Votre don fait la différence !
3 000 000 € sur 6 ans, c’est le montant attribué par la Fondation ARC au programme du Pr Pierre Soubeyran. Ce soutien s’inscrit dans notre appel à projets « Cancer & Vieillissement » ayant permis la sélection et le financement en 2022 et 2023 de 5 projets mobilisant 25 équipes de recherche en France pour un montant total de 10,1 millions d’euros.
Références
* Selon les outils utilisés, l’évaluation gériatrique peut comporter par exemple : des indicateurs nutritionnels comme l’IMC, le nombre et la nature des médicaments pris sur le long terme, l’autonomie motrice (test de marche), l’état cognitif, la présence de symptômes dépressifs…
Pour plus d’informations : https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/L-organisation-de-l offre-de-soins/Oncogeriatrie/L-evaluation-geriatrique-en-cancerologie