Immunothérapies : la révolution en cours
Les immunothérapies changent le pronostic de centaines de milliers de patients à travers le monde chaque année. Si l’on parle déjà d’une véritable révolution thérapeutique, le champ des possibles est encore gigantesque pour la mise en action des défenses immunitaires des patients contre leur cancer.
15 novembre 2023 Dernière mise à jour : 19-08-2026
En un peu moins de dix ans, les immunothérapies sont devenues un standard de prise en charge pour des dizaines de milliers de personnes en France. Pour les patients qui réagissent positivement à ces traitements, y compris à des stades métastatiques, les tumeurs régressent, parfois totalement, menant dans certains cas à une rémission durable. Les immunothérapies permettent au système immunitaire de reprendre le dessus et d’opérer un contrôle de longue durée sur les cellules cancéreuses.
Une démultiplication de médicaments et de localisations
En France, en 2021, près de 63 000 personnes atteintes de cancers ont été traitées par un « inhibiteur de point de contrôle immunitaire ». Ils étaient à peine plus de 50 000 en 2020. Plusieurs inhibiteurs de ce type sont aujourd’hui disponibles. Tous sont des anticorps qui lèvent des freins imposés au système immunitaire dans le micro-environnement tumoral et dans les ganglions lymphatiques voisins.
Cette stratégie, initialement mise au point face aux cancers du poumon et aux mélanomes, est aujourd’hui aussi validée dans certains cas de cancers de la tête et du cou, du rein, de l’œsophage, du foie, du sein, des lymphomes, des cancers de la sphère urologique…
Les cellules CAR-T, elles, n’en sont pas à ce stade de déploiement – environ 500 patients ont été traités en 2021 en France (+36% entre 2020 et 2021) – mais changent, elles aussi, le pronostic des cancers concernés, uniquement des cancers du sang pour l’instant. Ces cellules sont des lymphocytes T prélevés au patient, modifiées génétiquement en laboratoire puis réinjectées. Cette modification génétique leur permet de reconnaitre les cellules cancéreuses et de les attaquer.
Un troisième type d’immunothérapie repose sur l’administration d’anticorps dits « bispécifiques » : ils reconnaissent deux cibles simultanément et sont ainsi capables de rapprocher une cellule cancéreuse et une cellule immunitaire ! Aujourd’hui, une de ces thérapies est déjà disponible pour traiter certaines leucémies mais les développements sont multiples dans d’autres localisations.
Optimiser les usages
Malheureusement, tous ces traitements ne sont pas toujours des succès. Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire, par exemple, ne parviennent à faire régresser les tumeurs que chez 5% à 40% des patients à qui on les propose (selon la localisation, le stade de la maladie… ). De nombreux travaux visent donc à mieux comprendre les déterminants biologiques de cette réponse pour l’anticiper et adapter les prescriptions.
La composition du microbiote intestinal est, en l’occurrence, l’un de ces déterminants comme le montrent un nombre croissant de résultats. Une modification bien ajustée pourrait d’ailleurs favoriser l’action des immunothérapies. Des essais cliniques sont en cours.
Enfin, le fait de mieux associer les traitements est aussi une piste. Doit on associer une chimiothérapie à une immunothérapie ? Doit-elle être administrée au préalable ? L’enjeu est de savoir si les synergies, suggérées par ce que l’on sait des modes d’actions biologiques et moléculaires des différentes thérapies, sont cliniquement avérées…
De nouvelles perspectives s’ouvrent
Les immunothérapies se développent par ailleurs dans de multiples directions, dont certaines ont déjà passé les premières phases de tests cliniques. On peut mentionner, par exemple, la mise au point de vaccins à ARN personnalisés (similaires aux vaccins mis au point contre le COVID-19), basés sur l’immunisation contre des marqueurs spécifiques de chaque tumeur.
De nouveaux points de contrôle immunitaire ont aussi été identifiés et leurs inhibiteurs sont testés dans de nombreuses localisations.
Enfin, les chercheurs travaillent à la production de cellules immunitaires modifiées capables de s’attaquer aux tumeurs solides…
Ces nouvelles pistes pourraient contribuer à amplifier la révolution des immunothérapies d’ici quelques mois ou années.
Votre don fait la différence !
Près de 600 000 € sur 3 ans, c’est le montant attribué au projet du Pr Céline Mascaux, sélectionné par notre appel à projets « SIGN’IT – Signatures en immunothérapie ». Cette somme permet de renforcer les trois équipes partenaires sur ce projet avec un chercheur post-doctorant et un attaché de recherche clinique. Elle financera aussi les analyses biologiques des échantillons sanguins et tumoraux prélevés chez environ 250 patients participant à l’essai clinique.